PRÉFACE. XI
générale de la patrie humaine, on commence par les rêver identiques en tout à la notre! Oui^ la France est une patrie. Mais toutes les patries ne sont pas la France, ni pareilles à la France. Il y a des obligations que toute patine comporte, il en est d'autres que la patrie française seule suggère. Tout homme doit de la gratitude à sa terre mère et nourrice, mais croit-on que l'homme d'Allemagne, si véhément que soit son esprit national, soit débiteur des mêmes biens et d'autant de biens que Vhomme de France?
Chez nous, la somme de bienfaits dont chaque membre du pays est redevable à V ensemble du territoire et du passé atteint à des proportions fantastiques. Sans le tout, aucune partie n'y est imaginable, et presque toutes semblent avoir été engendrées de lui. En France, notre dette nationale et notre dette sociale se confondent à jjeu près sur toute la ligne. La situation est différente en pays allemands: là les parties préexistaient si bien à leur total qu'elles se distinguent encore de lui et même s'en détachent assez facilement à Vœil nu. On sait, on voit, on cite exactement les âges oit il y avait, là-bas, des familles, des villages, des États, et où il n'y avait pohit d'Allemagne, et où, nul ne songeait qu il dût y en avoir une. Chez nous, cela se perd à peu près partout dans la nuit des âges. L'auteur breton de la Réforme intellectuelle a pic écrire sans hésiter ni faire hésiter son lecteur : « ... la France qui a créé tout ce dont nous vivons, tout ce qui nous lie, ce qui est noire raison d'être.... »