‹ Le pape, la guerre et la paixChapitre 83 sur 141 · CONFIANCE ET MÉFIANCE · texte numérisé non relu

CONFIANCE ET MÉFIANCE

J'ai lu avec délices la lettre d'un de nos jamis du Midi, « simple ouvrier», nous dit-il, maintenant soldat Maujrp.as. — Le Pape. 10

d'artillerie coloniale, qui combat à rextrême pointe de notre frontière nord-est. 11 nous rapporte que le matin même un des évêques de la frontière a prêché que

Cette guerre serait la fin des luttes intestines dont notre France est décliirée, que cette guerre pourrait s'appeler la guerre de l'union, parce qu'après avoir vaincu l'ennemi, nous serions unis dans la paix comme nous l'avons été dans la victoire.

Ce qu'entendant, notre ami fut tenté de « mettre sous les yeux de Monseigneur » nos extraits des articles émanant des grands meneurs de l'anticléricalisme. Tout compté, j'aime mieux que notre lecteur se soit abstenu. Il est beau, il est bon que les chefs du sacerdoce français jurent ainsi publiquement, face aux obus de l'ennemi, sur nos drapeaux et sur nos armes, les profonds sentiments de paix civile qui animent leur cœur et que rayonne leur doctrine; il est beau, il est bon que notre ami et avec lui, tout le fonds sérieux et fort de la France, soient les témoins de ce scandale injuste, mais instructif et fortifiant :

Pendant que tous les prêtres de France prêchent l'union, et la pratiquent sous ses formes les plus touchantes, un certain clan les combat par les armes de l'hypocrisie et de la lâcheté.

Il faut que ce contraste soit : mais, afin qu'il soit pleinement, il doit être vu, senti et compris à fond. Cette intelligence et ce sentiment risqueraient de manquer si nous n'en faisions ici un commentaire clair et net. Une fois renseignée et fixée, notre France saura comme toujours élever ses merveilles

POUR ET CONTRE L'UiNION SACRÉE. 147

de raison, de justice et de discernement. Mais il faut lui fournir toutes les lumières et encore une fois, savoir les propager.

20 avril 19157 LA PROPAGANDE RELIGIEUSE

Il y a de longs mois que nous signalons Tanticléricalisme croissant des campagnes de VHumanité. Gémissante ou brutale, l'agression contre la propagande religieuse estimée inconciliable avec les règles de Vunion sacrée, a fini par devenir à peu près quotidienne. A notre avis, ce point de vue est faux, cette exigence folle. Les socialistes -ne tiennent pas compte de l'essentiel. Ils ne veulent pas voir comment l'homme mis en perpétuel danger de mort par la guerre ne peut s'empôcher de songer à l'audelà. Ceux de ses semblables qui se font une idée déterminée de la vie future ne peuvent s'empêcher davantage de le presser, d'y réfléchir. S'il y a recrudescence de zèle prosélytique, il y a, d'autre part, élan égal, sinon plus vif encore du côté des mystères que recouvre la mort. En juger autrement ne me paraît possible qu'à la faveur de parti pris systématique. Il est positif que, dans une existence aussi menacée que celle du combattant, s'il y a place pour toutes les griseries et toutes les étourderies, l'indifférence positiviste est une exception.

La « foi laïque » dont parle Hervé peut avoir ses apôtres, ses héros, ses martyrs, bien qu'elle me paraisse trop peu définie pour agir; mais M. Louis Dubreuilh nous a appris dans un article qui n'était

pas dénué de mesure que, celte foi ne se privant pas de faire du prosélytisme, il était fort compréhensible que les autres croyances en eussent fait autant. Rien de plus naturel en effet. Quel homme peut être assez mal luné pour trouver injurieux, ou désobligeant qu'un autre homme lui veuille communiquer ce qu'il sait, ce qu'il croit, ce qu'il aime ou ce qu'il espère? De tels points, s'ils étaient sérieusement acquis, nous obligeraient à nous demander de quoi Ton se plaint et (en dehors des intérêts et des passions de parti ou de secte) qu'est-ce qui peut bien motiver une campagne anli cléricale.

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