DEUX POLITIQUES RELIGIEUSES
Notez bien que l'on est prêt à admettre qu'ici ou là, dans la fièvre des événements et des angoisses, dans l'exaltation du prosélytisme et de la charité, des excès de zèle aient pu être commis. Excès explicables, mais excès regrettables. Plût au ciel que le
monde ne connaisse pas d'autres fléaux moins faciles à réparer I
Un Etat normal n'aurait fait ni une ni deux, il se fût adressé illico aux cardinaux français, au nonce du Pape, en demandant à l'un ou à l'autre de ces princes de l'Église d'agir sur leurs fidèles pour réprimer, régler, modérer ces élans bien intentionnés, mais d'effet discuté. N'eût-ellc pas le sentiment de la dignité des hommes ou de la majesté de ses propres sacrements, l'Église a intérêt à maintenir dans tout cet ordre la juste mesure. Ici, le réveil même du sentiment religieux l'eût intéressée à cette collaboration morale aA^ec l'État. Son autorité spirituelle, agissant par des moyens spirituels, eût été la plus efficace de toutes. Mais on ne pouvait y avoir recours. Pas de nonce du Pape ! Pas de relations régulières avec les cardinaux et l'épiscopat! L'État était frappé d'impuissance, car le matériel ne peut pas grand' chose sur le moral. On a donc recouru à ces mouvements d'opinion qui, utilisant nos divisions religieuses et philosophiques, soulèvent aussi implacablement, la colère et la haine. De « débordements cléricaux « assez hypothétiques et, à tout prendre, bien anodins, on a fait sortir des campagnes anticléricales,, génératrices ou régénératrices de discordes devant l'ennemi. Ce n'est pas beau. Et ce n'est pas heureux. Un politique aussi immoral que Machiavel ou Talleyrand jugerait d'un mot cette politique : ce n'est pas fort.