‹ Le pape, la guerre et la paixChapitre 93 sur 141 · DANS L'AUTUNOIS · texte numérisé non relu

DANS L'AUTUNOIS

Il y a plus faible encore. C'est de tenir par simple

pique d'amour-propre à des formules sans esprit comme sans réalité. Le 31 août, le Conseil municipal d'Autun, composé de radicaux modérés, avait autorisé à mains levées le rétablissement de la procession des reliques de saint Lazare à Iravers les rues de la ville. Des affiches enthousiastes avaient remercié le Conseil, tracé l'itinéraire, annoncé un pavois aux seules couleurs nationales. Celte pompe religieuse a-t-elle été jugée incompatible avec les progrès de l'esprit moderne ou avec les dernières découvertes de la science? Trois jours après, la Préfecture de Saône^et-Loire annonçait que, si la procession sortait, la troupe interviendrait par son ordre. S. G. l'évêque d'Autun n'a pas voulu laisser employer l'armée française à cette besogne. Il a renoncé à la procession. Tel est le haut esprit patriotique du clergé français. Tel est l'esprit métaphysique d'une préfecture de la RcpuhHque française.

Si l'on estime que cet esprit métaphysique e.st compliqué de l'âpre sentiment des intérêts d'un parti, je n'y puis contredire : c'est à Autun que s'est produit le fait récemment sigalé par tous les journaux, de la RépuhUcjue française à la Gazette de France :

« M. Jean-Marie Pillien, demeurant à Saint-Fougeot (Saônc-et-Loirc), est un mutilé de la guerre. Il se présente au concours spécial de préposé des conlributions indirectes qui doit avoir lieu le 50 août prochain. Certes, nul n'a de plus beaux litres que ce soldai amputé par les balles allemandes.

« — Doucement, doucement ! dit le sous-préfet d'Auun. Comment votait-il?

€ Et il expédie une demande de renseignements € confidentielle » à M. Périer, conseiller général de Saône-et-Loire :

« M. le sous-préfet d'Autun a l'honneur de prier M. Périer, conseiller général à Autun, de vouloir bien lui retourner après l'avoir remplie, la notice ci-contre, concernant Pillien (Jean-Marie), mutilé de la guejre.

« Antécédents... Moralité... Opimon et Attitipe POLITIQUE.... » (Urgent.)

Le papier destiné à M. Périer, conseiller général, fut remis à M. Germain Périer. député, qui infligea au sous-préfet le châtiment sévère mais juste de publier sa lettre.

Ainsi, les héros de la guerre doivent être divisés en deux classes : ceux de droite, à qui rien n'est dû, et ceux de gauche pour qui seront toutes les complaisances.

C'est un peu cynique à avouer! C'est môme un peu imprudent.

Mais l'imprudence des imprudences, c'est d'imputer à d'autres la rupture de l'Union sacrée, quand on arbore à son passif des actions de cette nature

24 octobre 1915.

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