‹ Le pape, la guerre et la paixChapitre 94 sur 141 · LA PRIÈRE DU GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

LA PRIÈRE DU GÉNÉRAL

Un chef musulman qui combat sous notre drapeau a toute liberté pour invoquer Allah. Un officier socialiste est laissé libre de mêler aux paroles destinées à entraîner ses hommes, ses rêveries et ses conceptions particulières du passé et de l'avenir de l'humanité. Un comtiste aurait peut-être licence d'invoquer tour à tour le Grand Être, le Grand Fétiche et le Grand Milieu. Toute faculté religieuse doit être refusée aux généraux français qui seraient

catholiques. On lit dans YHumanilé, au chapitre des « Faits qui parlent » :

Le 29 septembre à U heures, la dépêche suivante était communiquée aux troupes : ....

Le général signataire ajoute :

Non nobis scd tibigloria, Domine.

Les poilus qui avaient été un peu suffoqués par le latin du général de Castelnau disent maintenant que nos grands chefs, une autre fois, feraient bien de s'exprimer en français et de dire la vérité...

Sans insister sur l'inexactitude de la citation, admirons tout d'abord comment ces gens qui ont toujours à la bouche notre fraternité latine se montrent incapables de supporter le moindre usage de la langue latine, ni la moindre allusion au plus grand fait matériel et moral du monde latin d'aujourd'hui, qui est certes le catholicisme.

Admirons au.ssi comme ce latin facile reste mystérieusement incompris de V Humanité. Ainsi, il ne dit pas « la vérité » , ce texte? Sans doute si on l'estropie' î Non, dans sa vraie teneur. Non nobis, Domine, non nobis sed nornini tuo da gloriam. Cela ne veut pas dire qu'en fait, il n'y a pas de gloire pour nos

1. Quelqu'un me dit que la phrase « non nobis scd tibi (/loria, Domine », si elle est estropiée, ne l'est point par Vlhimaniié, mais par l'auteur de la citation. Non : dans celle hypothèse, l'erreur viendrait toujours du journal socialiste: même en ce cas, le verbe sous-entendu par le général catholique est manifestement au subjonctif, si(, et non moins manifestement, comme le montre son contexte, YHnmanitc sous-entendait un verbe au présent de l'indicatif : elle prenait l'invocation, le souhait, le vœu de la prière pour une aflirmation positive; elle traduisait : « la gloire est A vous^ Seigneur» au lieu de : <■ que la gloire en soit j\ vous •>. C'est la faute lourde.

coinbatlanls et nos victorieux. Mais cela signifie qu'entre ces victorieux combattants, quelques-uns, les croyants, s'adressent à Dieu et le prient de détourner d'eux cette gloire par eux méritée. Ils la lui renvoient, ils l'adjurent de se la réserver ainsi à lui-même, en raison d'une vue de justice plus haute, de piété plus profonde, peut-être pour atteindre à des mérites supérieurs, à des bienfaits ultérieurs. Car, disent ces croyants, quel qu'ait pu être notre effort, d'où venait-il, sinon de l'auteur et du père céleste? Nos positions, nos armes, nos pensées, nos bonheurs, nos chances découlaient de lui de tout temps, ou peut-être oscillaient de toute éternité dans cette main, dans cette pensée, dans cette bonté supérieures à toutes nos armes et à toutes nos chances. En remontant ainsi le fleuve des effets jusqu'à leur source et à leur cause, en y laissant, comme un tribut de gratitude et d'amour, l'hommage de l'action qui a jailli de nous et de ses effets immédiats les plus glorieux, nous faisons preuve de raison pénétrante, de volonté bonne et unie à la souveraine volonté, qui doit être faite du sentiment d'humilité qui convient aux fils du limon : sans avoir calculé ce résultat moral, nous nous gardons des vaines fumées de la fortune, nous conservons la lucidité de notre raison, et, en le sachant bien, et en le voulant bien, nous nous concilions ce juge et ce maître de tout, de qui tout dépend et dérive; en nous mettant dans son cœur comme ses enfants, nous rendons plus facile l'écoulement naturel de toutes les grâces divines dont la France profitera....

170 LE PAPE, LA GUERRE Eï LA PALX.

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