‹ Le pape Léon XIII (volume 2)Chapitre 140 sur 255 · CHAPITRE TRKNTE-TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TRKNTE-TROISIÈME

celui que leur a conseillé explicitement le Souverain-Pontife : prendre part résolument aux affaires publiques, non comme adversaires du gouvernement établi, mais en réclamant au contraire leurs droits de cité dans la république qui nous gouverne. Cette adhésion doit être une œuvre de résignation, de raison, et, pour nous catholiques, après les paroles formelles que je viens de citer, une œuvre de conscience. >

On était peu habitué, dans les milieux conservateurs et catholiques, au langage tenu par le cardinal Lavigerie dans son toast à Tescadre française. La Marseillaise, jouée par les Pères Blancs, y ajoutait une mise en scène de nature à exciter les imaginations. Aussi y eut-il chez les catholiques et les conservateurs un moment de complet désarroi/ On eût cru assister à l'explosion inopinée d'un obus au sein d^un rassemblement pacifique !

Une vive polémique s'engagea, à laquelle prirent part non seulement les journaux catholiques, mais même les Semaines religieuseSy et la majorité n'était pas pour le cardinal.

Chez les monarchistes le toile fut d'autant plus grand que le cardinal Lavigerie, dans une lettre adressée le 20 novembre à un catholique français, — après avoir exposé les motifs de son évolution et la persuasion où il était que € sauf un miracle sur lequel on ne peut compter, rien n'est possible, en France, en dehors de la forme de gouvernement que le pays s'est légalement donnée > — ajoutait : « La monarchie s'est suicidée avec le comte de Chambord, qui a maintenu si haut le drapeau de l'honneur chrétien, mais qui au fond n'a pas voulu régner dans un sentiment élevé du devoir royal et des responsabilités qu'il impose. >

Cette assertion fut vivement contredite par M. Lucien Brun. M. Amédée de Margerie la combattit en rapportant un entretien qu'il avait eu avec le comte de Chambord en 1876: < Sire, lui disait-il, un « bon nombre de mes amis et des vôtres me diront : Le retour du roi « serait le salut de la France. Mais le roi ne veut pas régner. Que < dois-je leur répondre ?» Je n'avais pas achevé ces mots que la réponse du prince partit comme une explosion. Avec une autorité

me énergie vraiment royales, avec un regard et un accent dont siècle ne me ferait pas oublier la flamme, il me répondit ces ipres paroles : « Dites-leur que c'est comme s'ils disaient que le □i ne veut pas faire son salut. On ne va au ciel qu'en remplissant on devoir d'état. Mon devoir d'état est de régner. > En tout ceci il y avait une équivoque. Le cardinal sans doute liait dire que, malgré son désir et sa volonté de régner, le comte Chambord, par un sentiment élevé du devoir royal et des responlilîtés qu'il impose, s'était refusé à prendre les moyens qui eussent le conduire au trône, et qu'il jugea peu conformes à l'idée qu'il faisait de la dignité d'un roi. Au reste, cette discussion ne fut un épisode de la campagne menée par les monarchistes de toutes inces contre l'archevêque d'Alger et ses théories. L'agitation des milieux politiques eut son écho dans l'épiscopat. ^vêque de Séez écrivit au cardinal Lavigerie une lettre, où il endiquait pour les catholiques la liberté < d'examiner le terrain lequel on les convoque avant d'y descendre >; et exposait les torte la République à l'égard de l'Église. Il ajoutait : € Le passé nous ine droit de nous tenir plus que jamais en garde pour l'avenir, e nous offre-t-on, en effet, en retour de l'union à laquelle V. É. is convie? Pas même la vie sauve > ; et il concluait enfin, de l'ac- ;il fait au toast d'Alger par la presse républicaine, que l'hostilité itre l'Église ne diminuerait pas par suite des avances du cardinal. 3ette lettre reflétait l'état d'esprit de la masse du clergé et des holiques, qui ne pouvaient se figurer l'adhésion qu'on leur dendait, autrement que comme une capitulation devant la Repujue athée, au lieu d'y voir une tactique pour combattre les faits des républicains. L'accueil hostile fait au toast d'Alger par sresse républicaine, était d'ailleurs sa justification, bien loin d'en nontrer l'inopportunité.

Par une note du 6 décembre, l'archevêché d'Alger protesta contre >ens que certaine presse s'obstinait à donner au discours du

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