CHAPITRE TRENTE-TROISIÈME
ces paroles de M, Brisson : « Nos véritables ennemis ne sont pas dans Içs journaux les plus cléricaux, mais dans ceux qui depuis longtemps prennent le masque de républicains ; et si vous voulez leurs noms, ces journaux, je les appelle Le Temps et \t, Journal des Débats. »
Un ordre du jour du convent montra plus clairement encore les craintes et les espérances de la franc-maçonnerie. Deux obscurs conseillers généraux d'un département quelconque, les sieurs Pochon et Cocula, avaient eu Tîdée de proposera toutes les assemblées départementales, un vœu invitant le gouvernement à ne prendre ses fonctionnaires que parmi les anciens élèves des écoles laïques. C'était réduire les élèves des écoles libres à Tétat de pariaâ. Sept ou huit conseils généraux seulement avaient adhéré à ce vœu. Mais il était trop conforme aux vues des loges pour que celles-ci ne cherchassent pas à l'appuyer. Le convent lui fit donc Thonneur d'une approbation en règle. Il proclame en effet que « les menées cléricales étant plus actives que jamais, il faut se défier du procédé jésuitique qui veut faire accepter la république et en travestir les principes au profit de l'Église "%, Mais « considérant qu'il est impossible de transformer le vœu en loi >, il somme les Chambres de voter, à l'occasion de la proposition Pochon, « un ordre du jour surTorientation anticléricale du gouvernement l^ ; ce qui fut fait, nous le verrons plus loin. Enfin le convent, peu rassuré sur la docilité du cabinet, demande aux membres du Parlement « d'exercer une action permanente et active sur les ministres pour que les nominations et l'avancement soient réservés aux seuls républicains >.
Ainsi Léon XIII et la Loge avaient des vues identiques, mais à des points de vue diamétralement opposés, sur la situation politicoreligieuse de France. L'un et l'autre comprenaient que la cessation de l'hostilité des catholiques contre la forme républicaine favoriserait les intérêts religieux et ruinerait la puissance du radicalisme et de la maçonnerie. L'un et l'autre constataient que cette puissance, quoique formidable, n'était pas encore entièrement maîtresse de la
;e, ni même du gouvernement, et qu'un effort unanime des liques pouvait arracher le pays à l'étreinte des sectes, et :r un point d'appui au pouvoir pour se dégager, s'il le voulait, xr tutèle. Pouvait-on désirer une confirmation plus éclatante sagesse des décisions de Léon XIII, que cette preuve par intraires?
aucoup de monarchistes catholiques ne le comprirent pas ou lulurent pas le comprendre. M. de Cassagnac souhaitait, avec anc-maçons, un conflit éclatant entre la République et l'Église, mflit se produisit à l'occasion d'un incident regrettable aussitôt ité par les radicaux.
s pèlerinages de Rome, l'attitude odieuse de M. Fallières, mi- : des cultes, vis-à-vis des évêques après les désordres de Rome, rdictlon qui leur fut faite de participer désormais aux pèleri- 1 ouvriers, la protestation indignée de Mgr Gouthe-Soulard, son s et sa condamnation par la cour d'appel de Paris, en un toute cette série de faits douloureux ou révoltants causèrent les milieux catholiques une légitime colère. Les évêques s'as- ■ent en grand nombre à Mgr Gouthe-Soulard. Le Saint-Père !me devait se sentir vivement froissé du procédé du ministère lis. Bref le coup était habilement monté pour faire échouer ■ojets du Pape en indisposant contre ta République les cathoi, le clergé et le Pape lui-même.
l'en fut rien cependant, grâce à l'imperturbable sangfroïd de XIII, qui n'était pas homme à se laisser détourner de son aar des froissements personnels, et qui exhorta vivement les les à ne pas sortir eux-mêmes du calme, plus que jamais saire ; grâce aussi à l'attitude prise, au cours du procès, par Gouthe-Soulard, lequel, loin de prêter la main k ce qu'on semattendre de luî, saisit l'occasion qui lui était offerte d'afïirmer iveau la politique pontificale ;