‹ Le pape Léon XIII (volume 2)Chapitre 150 sur 255 · CHAPITRE TRENTE-TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TRENTE-TROISIÈME

coureur d'une orçanisatîon ferme et puissante des évêques de France pour la défense de l'Église et de ses droits.- >

Un point capital dans toute cette affaire, c'est qu'aucun évéque ne prit occasion de la déplorable attitude du gouvernement pour attaquer la forme républicaine. Mgr Perraud, évêque d'Autun, qui, dans son adhésion à la Réponse du cardinal Richard, s'était prononcé contre l'acceptation de cette forme par les catholiques, saisit même cette occasion pour nier l'existence d'une « conspiration sourde et permanente contre les institutions que la nation française a choisies et maintes fois ratifiées par ses suffrages ».

Au total l'incident Gouthe-Soulard fut un triomphe pour ce qu'on appelait alors la politique du cardinal Lavigerîe. Néanmoins ce triomphe n'était pas exempt de périls. Les protestations si motivées des évêques étaient empreintes d'une juste indignation, qui se communiquait naturellement aux fidèles. Les politiciens monarchistes s'efforçaient d'exploiter cette indignation au profit de leurs intérêts dynastiques. La franc-maçonnerie s'apprêtait avec joie à tirer parti de cette situation. Sous le double assaut des loges et des groupes monarchiques, toute la politique du Pape menaçait d'être compromise, et une attitude trop hostile de l'épiscopat vis-à-vis du gouvernement eût amené indubitablement ce ' résultat. On le comprit à Rome. La secrétairerie d'État insista auprès des évêques pour qu'ils tinssent compte des circonstances critiques où l'on se trouvait, et qu'ils demeurassent dans une grande réserve à l'égard du gouvernement. Il est au moins permis de le conclure de la lettre adressée, le 17 décembre 1891, à l'ambassadeur de France par M. Ribot, alors ministre des affaires étrangères. Au milieu d'expressions peu bienveillantes à l'égard de l'épiscopat, on peut y découvrir quelle fut en cette circonstance la règle de conduite de la cour de Rome.

Sans attribuer, avec le ministre, la manière d'agir des évêques à une pression exercée sur eux par les partis politiques, et sans

prétendre, comme lui, que le langage de ces prélats ne fût pas légitimé par les circonstances, on peut admettre qu'il y ait eu des efforts faits pour associer les évêques à la campagne engagée au nom de la religion contre la République.

Voici donc, d'après M. Ribot, le rôle de la cour de Rome en cette occurrence. «Les déclarations que S.É. le cardinal Rampolla a faites spontanément à M. de Monbel, écrit le ministre, ne nous ont laissé aucun doute sur les sentiments qu'a inspirés au Souverain- Pontife ia conduite de quelques-uns de nos évêques. Ces sentiments m ont d'ailleurs été confirmés au cours des entretiens que j'ai eus avec le nonce apostolique. Je n'ignore pas que Mgr Ferrata a usé de toute l'influence dont il dispose pour faire comprendre aux évêques que le Saint-Siège n'approuvait pas leur attitude. Il n'a pas dépendu de lui d'empêcher les regrettables incidents qui ont précédé et suivi la condamnation de M. l'archevêque d' Aix. >

Ces incidents, que le gouvernement trouvait regrettables à son point de vue, avaient cependant fourni l'occasion d'une affirmation solennelle de la politique du Pape, m^is en se prolongeant, ils eussent sans doute fait échouer cette politique dès le début, car l'indignation eût promptement jeté la masse des catholiques dans la voie où cherchaient à les attirer les partis monarchiques. Ce n'était donc pas sans raison que le Moniteur de Rome exhortait les catholiques à garder leur calme, à < regarder l'incident Gouthe-Soulard comme une simple parenthèse, et à reprendre le mouvement de politique intérieure inaugurée par le cardinal Rampolla >•

Les loges ne l'entendaient pas de cette façon et elles le firent bien voir. A l'ouverture des Chambres, on assista à un curieux spectacle. Les ordres de la franc-maçonnerie devaient être exécutés. Il fallait pousser le gouvernement et ce qu'il pouvait contenir d'éléments relativement modérés à la violence; il fallait exciter les catholiques et les détourner de la politique de Léon XIII ; il fallait, par cette double action, séparer des catholiques et du Pape les modérés et

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