‹ Le pape Léon XIII (volume 2)Chapitre 190 sur 255 · CHAPITRE TRKNTE-SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TRKNTE-SEPTIÈME

fortifier notre résistance qu'on nous conseille d'entrer sans arrièrepensée dans le jeu des institutions politiques. Quels que soient nos sentiments et nos opinions, nos préférences et nos regrets, nous pouvons loyalement porter à nos adversaires ce défi ; nous pouvons leur dire : Le régime que vous représentez n'est plus contesté ; montrez qu'il est compatible avec le respect des droits sacrés que nous n'abdiquerons jamais. Si les hommes dont je parle sont assez bien inspirés pour relever cet honnête défi ; s'ils renoncent à des errements odieux et funestes; s'ils justifient le sens étymologique du nom qui désigne aujourd'hui la constitution du pays, et font de la puissance publique la chose de tous, res publica^ nous serons pris au mot, nous tiendrons notre parole; il n'y aura plus de partis en France et il ne sera même pas besoin d'un changement de personnel pour amener la pacification générale. Si les détenteurs du pouvoir s'obstineiit à identifier le régime qu'ils représentent avec des lois détestables, c'est au pays que s'adressera notre appel. Même alors, notre rôle de catholiques ne serait pas de nous en prendre au régime. Et s'il venait à succomber sous le poids des fautes qu'on aurait commises en son nom, ce jour-'là, comme j'ai eu l'occasion de le dire dans une autre enceinte, ce ne serait pas nous, ce seraient ses accapareurs qui l'auraient tué. En attendant que Tavenir ait dégagé l'inconnue du problème, tenons-nôus-en au programmé que j'essayais de vous tracer tout à Theure: sachons nous* faire aimer du grand nombre ; et s'il y a des pervers qui repoussent Tamôur, gardons, même envers ceux-là, la charité dans nos cœurs ^ ma.is dans notre action, à force dé valeur et de foi, de science et de courage, sachons nous faire craindre; et montrons à ceux qui parlent le jargon du jour qu'ils se sont trompés en traitant de quantité négligeable les revendications des consciences catholiques et fran* çaises. »

Le discours prononcé en cette circonstance par M. Descostes, un homme nouveau, eut plus de retentissement encore.Traçant àla

Le Pape Léon XHI. — II. 29

jeunesse catholique, les devoirs que lui crée l'encyclique du i6 février: < Il faut, dit M. Descostes, accepter son temps tel que Dieu Ta fait, tel que ses volontés nous l'imposent, il faut vivre avec lui, sans en approuver, certes, les égarements et les erreurs ; mais sans le sacrifier non plus à d'inutiles gémonies, en y prenant ce qu'il a de bon, en y combattant ce qu'il a de mauvais, et en s'y taillant à la force du poignet, ungutbus et rostro, la place, la part de soleil qui, dans un État libre, doit revenir à tout citoyen. > Il décrit ensuite les motifs d'espérance qu'offre le temps présent : 4: Il y a du bien en ce sens que les camps sont nettement tranchés. La foi, chez ceux qui l'ont, est devenue plus vive ; la pratique ne connaît plus les honteuses rougeurs du respect humain. A l'Université, l'étudiant qui prie n'est plus un phénomène; dans la faculté de médecine, c'est le courant spiritualiste, c'est le souffle chrétien qui tend à avoir raison du scalpel de Broussais. Le saint-cyrien tient à honneur de faire ses Pâques, en grande tenue, sans se déguiser en civil pour recevoir son Dieu. L'officier de cavalerie, éperon né et botté, ne rougit point d'aller à la messe en sortant du pansage. Le sémi* nariste, condamné à porter en temps de paix un fusil qui lui sera enlevé en temps de guerre, peut s'agenouiller dans la chambrée sans entendre des blasphèmes répondre à ses élans vers Dieu ; sa fidélité à tous ses devoirs est à la caserne comme une vivante prédication ; et, pour tout dire, à la grande levée de boucliers des apôtres du mal, l'armée de ceux qui prient et qui regardent en haut oppose la croisade pacifique du bien répandu, des écoles fondées» des patronages ouverts, la sainte croisade de la foi, de l'espérance et de la charité. » Après avoir décrit les effets de cette réaction bienfaisante, qui se produit et s'accentue tous les jours dans le monde des esprits, en littérature, en philosophie, en art, M. Descostes se demande ce qu'il faut espérer. II répond qu'espérer dans l'excès du mal « attendre le salut d'une catastrophe, ce serait nourrir en soi une pensée criminelle et je ne ferai à personne l'injure de la lui

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