‹ Le pape Léon XIII (volume 2)Chapitre 191 sur 255 · CHAPITRE TRENTE-SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TRENTE-SEPTIÈME

prêter. > Faut-ÎI espérer le changement de ce qui existe, au profit de la monarchie ou de quelque autre solution possible ? Non. < II ne faut pas, suivant moi, espérer que vous assisterez à ce phénomène, que vos aînés ont attendu vainement pendant près d'un quart de siècle, annonçant perpétuellement que cela allait arriver et ne voyant jamais rien venir. Que ce soit par goût ou par nécessité, par entraînement ou par raison, il vous faut accepter ce qui est, en tant que forme, comme la forme définitive, comme la forme légale, comme le patrimoine incontesté de tous les Français. > L'acceptation que veut M. Descostes n'est pas une acceptation de pure forme. « Il faut donc, — et je suis bien tranquille en le disant, puisque ce sont les expressions mêmes du Saint-Père, — une acceptation franche, loyale, sans arrière-pensée, une de celles qui, une fois données, ne retournent pas en arrière au premier caillou rencontré sur la route, une de celles dont on ne puisse pas dire qu'elles sont un simulacre ou une comédie et qu'elles ne coûtent pas plus à reprendre qu'à donner. '» II faut, en un mot, une acceptation qui fasse considérer la République en France comme «aussi indiscutable que la monarchie constitutionnelle en Angleterre et le pacte-fédéral en Suisse et aux États-Unis. :& Les catholiques borneront leur action et leurs désirs à l'obtention légale des réformes législatives nécessaires pour la pleine sauvegarde de leurs intérêts, de leurs croyances et de leur liberté. « A cette condition, mais à cette condition-là seulement, nous aurons la même force que les catholiques en Allemagne et en Belgique, et, comme eux, nous finirons par triompher et par fonder dans la République ce grand parti tory dont le pays a comme le pressentiment et la secrète espérance. > L'orateur expose ensuite le programme des revendications pratiques des catholiques et des moyens de les faire passer dans la réalité.

Le discours de M. Descostes valut à l'auteur une lettre du cardinal Rampolla qui est à citer :

Rome, 31 mai 1892.

Très Honoré Monsieur,

J'ai lu avec plaisir le discours que vous avez prononcé à Grenoble à l'occasion de rassemblée générale de la Jeunesse catholique. Je vous félicite et je me réjouis avec vous des sentiments de piété filiale et d'obéissance pratique que vous y avez manifestés envers l'auguste Chef de la sainte Église, et j'aîmeà espérer que vos nobles sentiments sont bien ceux de tous les membres de la Jeunesse catholique de France.

C'est ainsi qu'on pourra atteindre le but que poursuit Sa Sainteté en traçant, comme elle l'a fait encore tout récemment, la ligne de conduite que doivent suivre les fils de cette si noble nation.

En vous faisant cette communication, je suis heureux de me dire, avec les sentiments d'une estime toute particulière, votre dévoué serviteur.

Cardinal Rampolla.

Il y aurait de l'exagération à soutenir que par cette lettre toutes et chacune des idées émises si hardiment par M. Descostes, aient reçu l'approbation explicite de Rome. Néanmoins les paroles du cardinal Rampolla sont un grand encouragement à marcher dans la voie indiquée par l'orateur de Grenoble.

Au reste le Saint-Siège ne perdait aucune occasion de stimuler les catholiques à entrer pratiquement dans les vues du Pape.

Le comte Albert de M un reçut, lui aussi, les félicitations du cardinal Rampolla à l'occasion du remarquable discours qu'il prononça à Lille devant une nombreuse assemblée de la Jeunesse catholique.

L'éloquent apôtre de la classe ouvrière y exposait, en termes frappants, les effets produits dans le monde par la grande voix du Vatican. « Chose étrange, qui déroute les calculs et les prévisions, dans ce siècle où l'irréligion croyait régner en maîtresse incontestée, où le divorce semblait accompli, inévitable, entre l'Église et la Société civile, où il paraissait entendu que le Pape n'était plus que le chef spirituel de quelques croyants, tout à coup, voici que le nom et la parole du Pape captivent toute l'attention des hommes; voici qu'ils remplissent la presse, les réunions, les discussions publiques et privées, et, de quelque côté que l'on se tourne ou qu'on

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