‹ Le pape Léon XIII (volume 2)Chapitre 227 sur 255 · CHAPITRE QUARANTE-ET-UNIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUARANTE-ET-UNIÈME

point faux et mensonger, maïs réel et actif, qui, par l'assiduité de ses bons offices, ravit même les yeux des simples spectateurs. Un zèle prévoyant y pourvoit à tous les besoins de la vie ; mais cela, in sudore vulius, « à la sueur du front », à la façon de ceux, qui sachant se contenter de peu, s'efforcent moins de multiplier leur avoir que de diminuer leur pauvreté. Par dessus tout, ce qu'on admire dans ce foyer domestique, c'est la paix de l'âme et la joie de l'esprit, double trésor de la conscience de tout homme de bien. » La méditation et le souvenir constant d'un spectacle aussî sublime opérera une salutaire transformation dans les pensées et les habitudes de la vie et les rendra conformes à ce divin modèle. «Et si ces transformations de l'homme privé s'étendent aux familles, aux cités, aux peuples et à leurs institutions, l'on voit aisément quels immenses avantages en retirera la chose publique tout entière. »

Le second mal social déploré par Léon XIII, mal qui va toujours grandissant au détriment des âmes, « c'est la volonté de se soustraire à la douleur, c'est la lutte violente contre l'adversité ! Pour la grande majorité des hommes, la récompense de la vertu, de la fidélité au devoir, du travail soutenu, des obstacles surmontés, n'est plus, comme il le faudrait, dans la paix et la liberté de l'âme; ce qu'ils poursuivent, comme perfection dernière, c'est un état chimérique de la société, où il n'y aurait plus rien à endurer, et où l'on goûterait, à la fois, toutes les jouissances terrestres. > Ce désir effréné des jouissances doit nécessairement souiller les âmes, ou tout au moins les énerver. Léon XIII y oppose la contemplation des mystères doulouretix. En présence des souffrances de Jésus et de sa Mère, le chrétien s'enflamme du désir d'imiter ces grands modèles : « Que la terre se montre à lui couverte de ses malédictions et ne produisant que des ronces et des épines; que son âme soit oppressée de peine et d'angoisses, son corps miné par les maladies; il n'y aura pas de souffrance, lui venant, soit de la méchanceté des hommes, soit de la colère des démons, pas d'adversité, soit privée, soit

publique, dont sa patience ne finira par triompher. D'où le proverbe facere et patifortia christianum est, agir et souffrir c'est le propre du chrétien; car quiconque veut avoir droit à ce nom, ne saurait se dispenser de suivre Jésus patient. > Cette patience chrétienne n'est pas la vaine ostentation du stoïcisme : c'est la disposition d'une âme, qui, pour imiter le Christ et < après avoir demandé à Dieu le secours de sa grâce, ne récuse aucune souffrance, mais s'en réjouît, et, quelle qu'elle soit, la considère comme un gain ».

Enfin le Pontife décrit en ces termes le troisième mal social : « Les hommes de nos jours, quoique nourris de christianisme, poursuivent de telle sorte les biens périssables de la vie présente, qu'ils voudraient non seulement oublier mais, par un excès d'avilissement, effacer même le souvenir d'une patrie meilleure dans l'éternelle béatitude, comme si saint Paul nous avait avertis en vain que nous n'avons pas ici de demeure permanente, mais que nous cherchons une habitation fijture. Non habemus hic manentem civitatem, sedfuturatn inquirimus. » (Hebr., xiii, 14.) Une des causes principales de cette aberration, c'est que Ton prétend « que la préoccupation des choses futures éteint l'amour de la patrie terrestre et tourne au détriment de la prospérité de l'État. » Mais c'est là une calomnie contraire à la doctrine du Christ lui-même. « L'usage, en effet, des biens présents et la jouissance honnête qui s'y attache, quand la vertu y trouve un stimulant ou une récompense ; comme aussi la splendeur et la civilisation de la cité terrestre qui ornent magnifiquement la société humaine, n'offrent rien de contraire à la raison humaine ou aux conseils divins» quand elles imitent la splendeur et la magnificence de la cité céleste ; car Dieu est auteur à la fois de la nature et de la grâce, et il n'a pas voulu que Tune nuise à l'autre, ni qu'elles se combattent mutuellement, mais qu'unies par une fraternelle alliance, elles nous conduisent toutes les deux plus aisément à cette immortelle béatitude, pour laquelle, hommes mortels, nous sommes venus en ce monde. » Malheureusement ce n'est pas ainsi

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que Tentendent les voluptueux et les gens épris d'eux-mêmes. Ils s'enfoncent tellement dans les choses basses et périssables qu'ils en perdent le souvenir de l'éternité et, par un terrible jugement de Dieu, « ils tombent jusqu'au dernier degré de la plus infime abjection. » Le chrétien est préservé de ce malheur par la contemplation des mystères glorieuXy qui nous apprennent à ne voir dans la mort que le passage d'une vie à une autre, à désirer le ciel, et à nous souvenir « qu'il y aura un temps où Dieu séchera toute larme de nos yeux, où il n'y aura plus de deuil ni de gémissement, ni aucune douleur, où nous serons toujours avec le Seigneur, semblables à Dieu, parce que nous le verrons comme il est, enivrés du torrent de ses délices, concitoyens des saints, unis dans une très heureuse communion avec notre grande Reine et Mère Marie. » C'est ainsi qu'on apprend à préférer le ciel à la terre, et à mépriser en vue de l'éternité les tribulations passagères du temps : « En vérité, là seulement est le secret d'unir, comme il convient, le temps à l'éternité, la cité terrestre à la cité céleste, et de former des caractères nobles. Si ces caractères sont le grand nombre, la société sera sauvegardée dans sa dignité et sa grandeur; on y verra fleurir le bien, le vrai, et le beau, à l'image de Celui qui est le principe et l'intarissable source de toute vérité, de toute bonté et de toute beauté. ^

Le Pape, en terminant, fait l'éloge des confréries du Saint- Rosaire et exhorte vivement les fidèles à les propager.

Cette encyclique de 1893 sur le Rosaire de Marie a une importance toute particulière. Elle peut être considérée comme le complément ascétique et spirituel des encycliques sur les devoirs du citoyen chrétien et sur la condition des ouvriers. Les catholiques qui exercent leur activité sur le difficile terrain des œuvres politiques et sociales, feront bien d'en méditer les enseignements.

Après ce que nous venons de dire, sur l'esprit de piété qui est l'âme du présent pontificat, nul ne s'étonnera que le souci de la

propagation de la Foi occupe une grande place dans les préoccupations de Léon XIII. Il faudrait un volume pour donner une idée de l'activité de l'Église catholique dans cet ordre de choses, en ces dernières années. Quelques données de statistique, empruntées à la Gerarckia cattolica de 1 894, feront comprendre l'importance de ce mouvement de la propagande catholique. Léon XIII a érigé I patriarcat, 29 archevêchés, dont 16 étaient déjà des sièges épîscopaux, 84 évêchés, 2 dhhdiytsnullius dioeceseos, 2 délégations, 49 vicariats apostoliques dont 10 étaient des préfectures apostoliques, enfin 18 préfectures, soit en tout 185 nouveaux titres.

Mentionnons ici, un peu extra ordinem, la fondation à Rome d'un grand collège espagnol, auquel Léon XIII a attribué en 18931e magnifique palais Al temps, un des plus beaux de la cité. Cette fondation, comme celles du collège bohème et du collège arménien, comme celle aussi du collège St-Anselme pour l'ordre bénédictin, répond à la vivifiante et unificatrice pensée qui pousse Léon XIII à rapprocher toutes les parties de l'Eglise du centre indéfectible de son unité, afin qu'elles y puisent un redoublement de fécondité et de vie.

Léon XIII a créé récemment au Japon une hiérarchie catholique complète. Dans sa bulle du 15 juin 1891, il raconte les gloires et les malheurs de cette illustre chrétienté du Japon, fondée par François Xavier et florissant admirablement sous l'impulsion de son zèle et de celui de ses successeurs, puis noyée dans le sang des martyrs,et néanmoins persistant avec une fidélité inébranlable dans la foi, bien que privée de prêtres et de communications avec Rome pendant près de trois siècles. Cet exemple de fidélité, unique peutêtre dans Thistoire du christianisme, Léon XIII l'inscrit dans le livre d'or de la chrétienté japonaise, après avoir rappelé la rentrée des missionnaires catholiques au Japon, sous Pie IX et l'érection des premières églises chrétiennes à Yokohama et Nangasaki.

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