‹ Le pape Léon XIII (volume 2)Chapitre 226 sur 255 · CHAPITRE QUARANTE-KT-UKIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUARANTE-KT-UKIÈME

arrive dans la vîe humaine, et dans les mystères même du Christ et de sa Mère, les causes de joie ne Nous ont pas manqué mais de plus nombreuses et de dures causes de douleur s'y sont mêlées ; et l'occasion de Nous glorifier dans le Christ n'a pas davantage fait défaut. Nous Nous sommes efforcé de faire tout tourner également au bien et à l'honneur de l'Église, en inclinant devant Dieu Notre esprit dans le sentiment de la reconnaissance. Le reste de Notre vie s'écoulera de la même façon, et si de nouvelles joies Nous sourient, si de nouvelles douleurs Nous menacent, si quelque nouveau lustre de gloire doit Nous être accordé, fidèle à ce même esprit et ne désirant de Dieu que la gloire céleste. Nous répéterons ces paroles de David : Que le nom du Seigneur soit béni: ce fi est point à nous^ Seigneur^ ce fi est point à nous, mais à votre nom qu'il faut ^donner la gloire (Ps. cxii, 2 ; cxiii, i). >

Paroles véritablement émouvantes quand on les met en regard des luttes, des revers et des triomphes de ce pontificat qui étonne le monde à tant de titres, et soulève à la fois tant d'enthousiasme, tant d'opposition, tant d'agitations diverses ! Il est beau de voir, au milieu de tous ces mouvements, l'âme du Pontife, désabusée de toute gloire humaine et indifférente à tout ce qui n'est pas la gloire de Dieu et le service de l'Église, suivre avec une constance inébranlable la voie qu'elle s'est tracée sous l'inspiration du Saint-Esprit. C'est là qu'il faut chercher le motif de cette immutabilité de résolution qui caractérise l'action de Léon XI IL Appuyée sur les raisons de l'éternité, elle emprunte à l'éternité les qualités qui la distinguent.

Au cours de l'été de 1893, '^ Souverain- Pontife, recevant en audience particulière l'auteur de ces lignes, daignait lui dire qu'il ne savait pas encore s'il publierait cette année une encyclique sur le Rosaire. < Les encycliques précédentes ont presque épuisé la matière, disait Sa Sainteté. > — « Il est vrai, ajoutait-Elle après une pause, que quand il s'agit de Marie, il y a toujours à dire !... » L'en-

cyclique du 8 septembre 1893 sur le Rosaire, devait vérifier cette parole d'une façon frappante. En effet, si elle diffère des précédentes par la manière dont le sujet y est envisagé, elle les égale et les surpasse peut-être par sa portée pratique, individuelle et sociale.

Le but spécial de cette encyclique est de mettre en relief certains avantages précieux qui découlent de la récitation du Rosaire.

Trois causes, dit Léon XIII, affaiblissent les mœurs et compromettent Tordre public dans la société moderne. Ces causes sont : l'aversion pour la vie humble et laborieuse ; V horreur de tout ce qui fait souffrir ; V oubli des biens futurs, objet de notre espérance.

Les effets dérivant de la première de ces causes, sont dépeints en un vivant tableau. Écoutons ces fortes paroles : « De là, au foyer domestique, cette résistance opiniâtre des enfants à l'obéissance que la nature elle-même leur impose, et cette impatience à supporter le joug de 1 éducation à moins qu'elle ne soit molle et efféminée. De là, chez l'ouvrier, cette recherche à écarter et à fuir tout labeur pénible, ce mécontentement de son sort, ces visées à un rang supérieur, ces aspirations inconsidérées vers un égal partage des biens, et autres ambitions du même genre, qui font déserter la campagne pour aller se plonger dans le tumulte et les jouissances des grandes villes. De là, cette rupture de l'équilibre entre les diverses classes de la société; cette instabilité universelle; ces haines et ces poignantes jalousies; ces violations flagrantes du droit; ces efforts incessants de tous les déçus pour troubler par des séditions et par des émeutes la paix publique, et s'attaquer à ceux mêmes qui ont mission de la protéger. » A un état de choses aussi déplorable. Léon XIII oppose la méditation des mystères joyeux : « Nous voici en présence de la maison de Nazareth, le domicile de la sainteté divine et terrestre. Quelle perfection de vie commune! Quel modèle achevé de la société domestique! Il y règne la candeur et la simplicité ; une perpétuelle concorde ; un ordre toujours parfait ; un respect mutuel, et un amour réciproque, un amour non

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