CHAPITRE QUARANTE-ET-XJNIÈMK
tiennes soumises d*abord aux vicaires et préfets apostoliques, de véritables diocèses, ayant leurs évêques et administrés selon la loi canonique générale. C'est pourquoi, par Nos lettres apostoliques du I*' décembre 1886, une nouvelle hiérarchie a été établie dans ces contrées; cette hiérarchie compte huit provinces ecclésiastiques, celles de Goa, siège patriarcal, d'Agra, de Bombay, de Verapoly, de Calcutta, de Madras, de Pondichéry, de Colombo. En un mot. Nous Nous sommes constamment appliqué à procurer à ce pays tout ce que Nous avons jugé utile au développement de la foi et de la piété. >
Pour faire comprendre le bienfait dont Léon XIII a doté TÉglise des Indes, il convient de donner quelques détails sur la situation antérieure et sur les dissentiments dont parle le Souverain- Pontife ^
Le droit de patronage, concédé au XVP siècle par le Saint-Siège au Portugal, était extrêmement étendu. Il comprenait le droit de nomination aux évêchés existants, l'interdiction de créer aucun nouveau siège sans le consentement du roi de Portugal, le droit de présentation aux bénéfices, l'obligation pour les missionnaires de se déclarer sujets du Portugal et de ne se rendre aux Indes qu'avec l'autorisation du gouvernement de ce pays et sur un navire portugais. Ces clauses surannées étaient devenues impraticables. Elles n'avaient d'ailleurs été acceptées par le Saint-Siège, qu'à la condition que le Portugal s'engagerait à protéger et à étendre la foi catholique, à doter les nouveaux sièges, etc. Or, d'un côté, la majeure partie de l'Inde est aujourd'hui soustraite à l'autorité du Portugal, et, d'autre part, celui-ci n'a pas rempli les engagements qui lui incombaient.
Grégoire XVI voulut mettre un terme à cette situation. Il fonda plusieurs vicariats apostoliques, plaça leurs titulaires sous la juridiction immédiate du Saint-Siège et détermina exactement les
I. Voir pour plus de détails Le Maduré^ V ancienne et la nouvelle Mission par le R. P. Jean, S. J., Fellow de TUniversité de Madras. Cest dans cet excellent ouvrage que nous avons puisé ces renseignements.
limites de leur autorité. Ces mesures avaient pour but d'assurer la conservation et la propagation de la foi catholique» et de faire cesser les conflits qui se produisaient entre les vicaires apostoliques et les administrateurs ecclésiastiques portugais de quelques anciens sièges épiscopaux, demeurés vacants depuis longtemps, et dont l'autorité n'avait pas été restreinte par le Saint-Siège lors de l'institution des vicaires apostoliques. Ces mesures furent vues de fort mauvais œil par le gouvernement portugais.
Alors se produisit un schisme formel, qui prit le nom de schisme goanais : il avait pour chef l'archevêque de Goa, et pour adhérents les prêtres indo-portugais qui étaient censés relever de lui, ainsi que beaucoup de chrétiens. A la mort de l'archevêque schismatique, son successeur, soi-disant catholique, trahissant ses serments, ordonna environ 600 prêtres indignes de ce nom et les lança sur la mission de l'Inde, où ils commirent toutes sortes d'excès. En même temps il osa lancer l'excommunication contre les vicaires apostoliques. On comprend quel trouble de pareils agissements durent jeter dans les missions des Indes !
Le concordat du 21 février 1857, conclu par Pie IX,était destiné à porter un remède à cet état de choses, mais il n'obtint qu'imparfaitement le but désiré. Ce concordat, dont voici les principales clauses, était très large pour le Portugal : de nouveaux évêchés seraient érigés sur les territoires autrefois portugais; leurs titulaires seraient portugais et dépendraient de l'archevêché de Goa; le Portugal doterait ces évêchés. Il pourrait aussi en fonder d'autres à ses frais sur les territoires soumis aux vicaires apostoliques dont la juridiction cesserait ipso facto. Six ans étaient laissés au Portugal pour exécuter les clauses du concordat. En attendant, l'archevêque de Goa était investi d'une juridiction extraordinaire sur les églises» les prêtres et les chrétiens du schisme goanais, révoltés contre les vicaires apostoliques.
Sauf en ce dernier point, le concordat demeura lettre morte. Un