‹ Le pape Léon XIII (volume 2)Chapitre 230 sur 255 · CHAPITRE QtJARANTE-ET-UNIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QtJARANTE-ET-UNIÈME

résultat important était cependant obtenu. Le schisme était supprimé, et il n'y avait plus de juridiction schismatique, mais une double juridiction catholique, celle des vicaires apostoliques sur les chrétiens demeurés fidèles de tout temps, celle de Tarchevêque de Goa sur les schismatiques réconciliés.

La situation demeurait cependant fort troublée, surtout dans le Maduré,oii le schisme goanais avait son siège principal. De multiples conflits éclataient entre les prêtres des deux juridictions. Ils étaient d'autant plus inévitables que les prêtres goanais étaient loin d'être recommandables par leur science et leurs vertus, loin aussi d'être animés d'intentions conciliantes. On en arriva rapidement à un état de choses qui, sans avoir les avantages d'une guerre ouverte, avait tous les inconvénients d'une paix malheureuse.

Voulant en finir, Léon XIII fit adresser en 1884, par le cardinal Jacobini, au gouvernement portugais, une note où étaient signalés les abus énormes qui résultaient de la double juridiction et sa volonté d'abolir celle-ci. Le Portugal reçut très mal ces ouvertures, et le Souverain- Pontife, après avoir, par le hx^î Studio et vigilantia du 26 août 1884, déclaré que la juridiction extraordinaire de l'archevêque de Goa cesserait le 30 septembre suivant pour sept vicariats apostoliques des Indes, se vit contraint de la prorogera plusieurs reprises pour quelques mois et enfin sans limite déterminée. Mgr Agliardi, envoyé aux Indes avec le titre de délégat et la mission d'exécuter le décret pontifical, ne put s'acquitter de cette mission.

Néanmoins Léon XIII ne se découragea pas. Il reprit avec le Portugal les négociations, qui se continuèrent péniblement pour aboutir enfin, grâce à l'intervention personnelle du Souverain- Pontife auprès du roi de Portugal, à l'heureux résultat que nous avons rapporté au chapitre XX.

Bien que la conclusion du concordat et le rétablissement de la hiérarchie catholique fût pour les Indes un événement des plus heureux,lesdispositions spéciales qui concernaient le nouveau diocèse

de Trîchînopoly (ancien vicariat apostolique du Maduré) donnèrent lieu à de vives réclamations de la part de Tévêque, Mgr Canoz, et de ses missionnaires. Ces dispositions comprenaient la cession d'un grand territoire au nouveau diocèse de Maïlapour et une division compliquée de nombreuses chrétientés entre ce diocèse et celui de Trichinopoly, en sorte que, sur une foule de points de cette dernière région, les deux juridictions s'enchevêtraient d'une façon inextricable et donnaient lieu à tous les inconvénients de la double juridiction de jadis.

Léon XIII s'intéressa personnellement à cette situation et il disait en septembre 1886 à l'envoyé de Mgr Canoz : € Ayez confiance ; je connais votre position au Maduré et je n'abandonnerai pas cette affaire que je ne l'aie réglée. > Après de nouvelles et laborieuses négociations avec le Portugal, elle fut en effet arrangée en juillet 1893 par une délimitation territoriale entre les diocèses de Maïlapour et de Trichinopoly. Quatorze églises seulement appartenant à ce dernier diocèse demeurèrent sous la juridiction de révêque de Maïlapour, dernier et insignifiant souvenir de la regrettable double juridiction indienne !

On voit, par ces détails, avec combien de raison Léon XIII disait, dans sa lettre du 24 juin 1893, ^^'î^ n'avait rien négligé pour le bien religieux des Indes. La suite de cette lettre est consacrée à une question intéressante pour tous les pays de missions, mais qui, à cause des coutumes si spéciales des Indiens, acquiert en ce pays une importance capitale : la formation d'un clergé indigène. Déjà S. François Xavier avait compris l'importance de cette question vitale. « Il est facîle,dit le Pontife, de juger combien grande était, particulièrement sur ce point, la perspicacité de l'apôtre. En effet, le zèle des hommes apostoliques venus d'Europe rencontre beaucoup d'obstacles, dont les plus grands sont l'ignorance de la langue du pays, bien difficile à apprendre, la nouveauté des mœurs et des habitudes auxquelles on ne se fait pas toujours, même après de

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