‹ Le pape Léon XIII (volume 2)Chapitre 87 sur 255 · CHAPITRE TRENTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TRENTIÈME

pas eue jusque-là. Le cabinet du marquîs dî Rudini prouva, par les faits, que sa prétendue modération n'était pas plus favorable à T Église que le radicalisme du cabinet précédent.

Un grand pèlerinage ouvrier français avait été organisé, pendant l'automne de 1891, par les soins de ces apôtres laïcs qu'on nomme Harmel et de Mun.Vingt mille gens de métiers devaient se succéder au pied de la chaire de Pierre, écouter les paroles du Pape et rapporter dans leur patrie le souvenir vivifiant de ce qu'ils avaient vu et entendu. C'était une manifestation destinée à faire époque dans l'histoire de la Papauté et de la démocratie en notre temps. Les 20,000 représentants de la France du travail étaient le premier corps de l'armée qui,de tous les coins du monde, allait venir à Rome, pour y entendre, de la bouche du Pape des* ouvriers^ les paroles de vie et de paix sociale. Déjà la pacifique invasion française avait passé les Alpes. Deux mille travailleurs, sous la conduite du cardinal Langénieux et de Mgr Gouthe Soulard, en formaient l'avantgarde. Leur arrivée coïncidait avec la célébration du troisième centenaire de saint Louis de Gonzague, et, le 29 septembre, la basilique de Saint- Pierre avait vu une de ces fêtes dont la surnaturelle éloquence atteste la vitalité du sentiment catholique à Rome et dans le monde. Quarante mille Romains et vingt mille étrangers y avaient acclamé Léon XIII, le Pontife- Roi détrôné, mais régnant toujours dans les cœurs de ses enfants.

La secte ne pouvait supporter pareil spectacle. Elle frémissait dans l'appréhension des suites qu'allait avoir un pareil début, et comme les Pharisiens, les franc-maçons disaient en parlant du Pape : Vous voyez que nous ne gagnons rien. Voici que le monde entier court après lui. Videte quia nihil proficimus : ecce mundus totus post eum abiit.

Il était grand temps de rompre le charme, selon l'expression d'un journal sectaire. On y pourvut ; aussi un personnage officiel s'étant plaint à un membre important du gouvernement des ignobles scènes

de désordre que nous allons raconter, en reçut la réponse suivante : « Mon cher, cela était nécessaire. A tout prix, il fallait détruire en Europe l'impression des bruyantes démonstrations papales du Vatican, et obvier aux manifestations radicales de Nice pour le monument de Garibaldi. Nous ne pouvions permettre qu'on pensât que

Rome était toute pour le Pape et que l'Italie aspirait à la République. C'était notre devoir d'affirmer Rome Halieune et l'Italie monarchique. >

Il était donc à prévoir que le gouvernement modéré et les sectes anticléricales, marchant la main dans la main, n'épargneraient rien

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pour faire avorter le pèlerinage ouvrier français. On mobilisa le personnel ordinaire des désordres populaires, la basse canaille juive du Ghetto et les aventuriers venus à Rome de toutes les provinces. Les chefs du mouvement se tinrent aux aguets, leur armée se prépara à donner avec ensemble, et Ion attendît le prétexte qui devait déchaîner Forage, quitte à le faire naître artificîellemen t, s'il ne se produisait pas spontanément.

Le prétexte attendu fut promptement trouvé. Tout était prêt pour lui donner l'importance voulue. La manœuvre fut exécutée avec précision et succès. Voici cette édifiante histoire. Nous en empruntons les éléments à la Cm7/i Ca/Z^/^V^ du 7 novembre 1891.

Le 2 octobre entre 1 1 7a et midi un groupe de pèlerins français pénétrèrent dans l'église du Panthéon, où se trouve le tombeau de Victor-Emmanuel. Un prêtre, membre du groupe, écrivit son nom sur un registre mis à la disposition de ceux qui visitent ce tombeau. Ses compagnons lui firent observer qu'un tel acte n'était pas convenable pour un catholique. Le prêtre alors voulut que son nom fût effacé, ce qui fut fait par le vétéran de garde auprès du tombeau. Trois autres pèlerins trouvèrent bon d'inscrire leurs noms au registre en y ajoutant ces seules paroles : Vive le Pape ! Tel est le récit exact de ce qui se passa au Panthéon, récit confirmé dans ses principaux détails par la déposition écrite du vétéran de garde, Vincenzo Melacotti. Comme on le voit, l'incident était minime, et nulle injure n'avait été écrite ni proférée contre le défunt roi d'Italie.

Néanmoins le prétexte cherché était désormais trouvé, et l'on n'eut garde de ne pas le mettre à profit. Le vétéran se précipita sur la place publique, et appela deux carabiniers, qui à leur tour se ruèrent dans l'église, arrêtèrent trois jeunes pèlerins désignés comme coupables, et leur mirent les menottes, non sans de vives protestations de la part des captifs et de leurs amis. Les curieux étaient entrés en grand nombre sur les pas de la police et avaient assisté à la scène. Le bruit se répandit de bouche en bouche qu'une insulte

avaît été faite au monument de Victor Emmanuel. Une foule furieuse pénétra dans l'église et entoura les agents et les pèlerins. Un de ceux-ci est renversé d'un- coup de bâton. Des cris de mort retentissent : on veut arracher les Français arrêtés aux mains des gardes qui les poussent dans une voiture, pendant que la foule toujours grossissante les accable d'insultes et de coups sans épargner le cocher qui conduisait la voiture !

La scène durait encore que déjà on distribuait partout des imprimés où l'incident était grossi par les plus indignes mensonges.

En voici un exemple :

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