CHAPITRE TRENTIÈME
Grâce aux exhortations de Léon XIII, qui ne cesse de pousser les catholiques à l'action partout où l'action est licite» on commence à comprendre pratiquement ces vérités en Italie. Les catholiques de Bergame donnent à ce propos un bel exemple à leurs coreligionnaires du reste du pays. Un incident significatif vint au courant de Tannée 1893 montrer leur fermeté, leur cohésion et leur bonne organisation. La députation permanente du Conseil provincial de Bergame saisit l'occasion des noces d'argent du roi et de la reine d'Italie pour féliciter ces augustes personnages d'un événement où elle voyait le couronnement € de l'unité et de la grandeur de la patrie >.
La majorité catholique du Conseil, par l'organe de M. Bezzara, protesta contre les félicitations ainsi exprimées. Les conseillers catholiques ne pouvaient, selon lui, se mettre en désaccord avec leurs mandats, en approuvant la destruction du pouvoir temporel du Pape, que ceux-ci considèrent comme un malheur. Le Conseil refusa donc de s'associer à la motion de la députation. Là-dessus grand émoi dans les sphères officielles. Le ministre Giolitti proposa la dissolution d'un corps élu, dont la majorité ne représentait pas les vrais sentiments des populations. Le Conseil fut dissous. Mais les nouvelles élections renforcèrent la majorité catholique, qui de 21 membres, passe à 32 ! Ce petit événement montre ce que pourraient les catholiques en Italie, s'ils étaient partout organisés comme à Bergame, et s'ils osaient partout, comme les Medolago, les Al bani, les Bezzara et autres catholiques bergamasques, déployer ouvertement leur drapeau. Le gouvernement eut si peur qu'il fut question de démembrer la province pour éviter le retour d'une majorité catholique.
Ce n'est pas, du reste, à Bergame seulement que se manifeste le réveil catholique ^ur le terrain électoral. Chose remarquable et consolante, aux élections administratives de 1893, ^^ ^^^ ^^^ catholiques des grandes villes, se dégageant presque partout de la coalition
avec les partis libéraux et qui n'était pour eux qu'une cause de faiblesse, marcher drapeau déployé à la victoire. Ce fut le cas à Turin notamment, à Milan, à Rome même. A Brescia ils font passer leurs candidats, malgré les efforts désespérés d'un des chefs du gouvernement, M. Zanardelli, président de la Chambre. Ils triomphent encore à Vicence, à Chioggia et dans une foule d'autres communes de moindre importance. Lesjournaux anti-libéraux prennent l'alarme, dit le Secolo : « Ainsi donc ces cléricaux si longtemps dédaignés et méprisés se sont révélés comme une puissance ; ils ne marchent pas, ils vont à la vapeur. > A Milan la Perseveranza soupire : « Les cléricaux sont une armée qui s'avance et grossit ; l'an prochain ils recruteront quelques centaines de soldats de plus et seront vainqueurs sur toute la ligne. » Le Don Marzio de Naples tire ainsi la moralité des victoires remportées par les catholiques dans toute l'Italie : < On se livre aux mains des ennemis de Vltalie^ c'est-à-dire des catholiques, parce que l'on n'a pas confiance en cette Italie gibelline devenue une grande, une horrible tache noire, un bourbier de fange empesté (sic). » Ne croirait-on pas entendre quelque démon forcé à confesser la vérité par la puissance d'un exorcisme?... Pour nous, félicitons les catholiques italiens de s'en être tenus au non expedit pontifical quant aux élections parlementaires, et de s'être décidés à une action énergique sur le terrain électoral, en dépit des habiles qui proclamaient que cette dernière action était impossible et stérile, si elle n'avait son complément dans la lutte sur le terrain législatif. Les événements commencent à donner raison à Pie IX et à Léon XIII ; ils la leur. donneront complète.
Reprenons le récit*des basses œuvres de la maçonnerie dans sa guerre contre l'Église.
Nous avons raconté comment, sous le ministère de M. Crispi, la persécution religieuse atteignit en Italie une acuité qu'elle n'avait