‹ Le pape Léon XIII (volume 2)Chapitre 89 sur 255 · CHAPITRE TRENTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TRENTIÈME

vieillard de quatre-vingts ans, fut entouré par une troupe de braves qui voulurent le forcer à crier, Vive le Roi! Le vieux prêtre se réfugia, sous les coups de poings, dans une pharmacie où il tomba évanoui. On Ty aurait suivi pour lui faire un mauvais parti, sans l'intervention des gardes.

Naturellement, les manifestants cherchèrent à pénétrer jusqu'au Vatican. Ils forcèrent même un cordon de troupes placé à Tentrée du pont Saint- Ange, mais un autre cordon établi à l'autre extrémité les arrêta, sans quoi les cris de mort eussent retenti jusqu'aux oreilles du Pape. Ne pouvant atteindre l'auguste personne du Saint- Père, on s'en dédommagea en le brûlant en effigie au milieu de mille insultes.

Ces désordres, faiblement réprimés par la police, obtinrent le résultat voulu par le gouvernement. Les pèlerins durent quitter Rome et, en regagnant la France, ils rencontrèrent partout sur leur chemin des manifestations hostiles. Car le mouvement s'était communiqué à toute l'Italie sectaire, et partout les loges s'agitaient pour exciter le faux patriotisme de leurs affidés; partout les municipalités anticléricales se répandaient en protestations et en invectives, et d'un bout à l'autre de la péninsule régnait une effervescence, factice mais bruyante, contre les Français, les catholiques et le Pape.

Cette effervescence était due en grande partie à une circulaire du grand-maître delà franc-maçonnerie, Adriano Lemmi, datée du 5 octobre et reproduite par la Voce délia Verità.

a Respectables et chers frères, le moment d'agir est venu !

<L Rappelez-vous mon discours à notre dernière agape et la circulaire n^ 43 pour l'abolition des garanties papales : Nous devons livrer de suite aux ennemis de la patrie la plus décisive de nos batailles.

< Vous savez ce qui s'est produit à Rome. Les pèlerinages, démonstrations non de foi religieuse mais de haine politique, ont été tolérés avec patience pendant beaucoup, pendant trop d'années : ainsi s'est accrue l'audace des pèlerins ; ils viennent enfin de manifester leurs desseins pervers. Ces troupes, rassemblées parmi les fanatiques de tous les pays, ordonnées comme des milices, avec des insignes, des bannières, des

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capitaines, sont arrivées au milieu de nous avec un redoublement d'arrogance et d'audace. Par leurs discours et leurs actes, par des parades, des processions, des congrès, des ligues elles défiaient et outrageaient l'Italie nouvelle ; elles s'excitaient mutuellement au mépris et à la guerre contre ses institutions et sa nationalité unie. Lé sentiment qui les animait, continuellement excité par le souffle du Vatican, s'est trahi par l'acte lâche de quelques insensés : l'insulte à la tombe du grand roi qui a uni Rome k la patrie. Ainsi fut mis en pleine lumière le véritable caractère de ces invasions, et il fut manifesté hautement et clairement qu'on descendait en Italie pour nous provoquer, pour acclamer le Pape-Roi, pour susciter des incidents qui un jour ou l'autre consommassent le parricide. Il faut donc en finir, frapper à la racine, détruire la cause de ces aggressions^ abolir les garanties : c'est un crime et une folie de laisser à l'ennemi la liberté de la conspiration et l'impunité de l'offense. <L Le mouvement est commencé : que les Loges le secondent de toutes leurs forces, et sans perdre de temps. Que les Vénérables convoquent immédiatement les Ateliers en séance extraordinaire, qu'on s'entende pour organiser des comités, que la presse continue et^ ravive la discussion, qu'on organise des démonstrations et des meetings. >

Cette circulaire trahît les intentions des mattres réels mais occultes de r Italie nouvelle, et montre quel fut leur rôle dans ces manifestations <L spontanées > du patriotisme italien. Quant à ses mattres visibles, ils emboîtèrent assez docilement le pas aux mystérieux coryphées des loges.

Le roi d'Italie lui-rïiême put paraître un instant applaudir aux scènes que nous avons racontées. A peine en fut-il informé, qu'il télégraphia : « Je m'associe aux démonstrations patriotiques du peuple de Rome. » Quand le caractère abject de ces démonstrations fut mieux coonu, le texte de cette dépêche fut supprimé, et le public ne connut que deux télégrammes, écrits au nom de Sa Majesté et visant tous deux les acclamations auxquelles s'étaient livrés,sous les fenêtres du Quirinal, les honnêtes gens que nous avons vus à l'œuvre. Dans le premier, Humbert priait le syndic de Rome € d'être l'interprète de sa reconnaissance pour la manifestation d'affection qui lui était parvenue », et dans l'autre, il remerciait les Romains < d'une démonstration aussi courtoise que spontanée ». Par respect

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pour la dignité royale, nous ne répéterons pas le mot de Tacite : Oninia sérviliier pro dominatione.

Quant au gouvernement français, son attitude fut, on s'en sou- ^ vient, au-dessous de tout. En présence des violences auxquelles ses nationaux avaient été en butte, il ne sut que se taire, défendre aux évêques de se rendre désormais à Rome sans l'autorisation du gouvernement, et intenter un procès à un archevêque,indigné d'une telle lâcheté et qui avait cinglé de quelques vérités cruelles la face d'un ministre plus italien que français.

A côté de cet affolement du gouvernement français, l'audace du premier ministre d'Italie parut fière à force d'être cynique. < Nous avons chez nous la Papauté, dit-il, dans un discours-programme de Milan, et parfois elle prend une attitude menaçante ; mais elle est contenue dans les limites de sa puissance spirituelle, non seulement par la force des lois' qu'on ne pourrait offenser en vain, mais aussi par le consentement presque unanime de ceux qui croient et qui prient. > — Il était difficile de mêler dans une même phrase plus de méchanceté à plus d'hypocrisie. Mais la suite dépasse les bornes de l'impudence : < Les pèlerins de toutes les parties du monde, certains de la protection que leur accordent nos lois, pourront toujours continuer à venir à Rome et à rendre hommage au Souverain- Pontife. >

Voilà comment les choses se passent ea Italie. On chasse quelqu'un de chez soi à coups de pied et à coups de bâton, et à peine lui a-t-on fprmé la porte au dos, qu'on lui crie par la fenêtre : « Venez me voir quand il vous plaira. > En vérité, ces procédés rappellent un peu trop ceux des personnages traditionnels de la comédie populaire italienne : Scapin et Pulcinella.

La plaisanterie ne fut que médiocrement goûtée en Autriche. En séance de la Délégation ' du 27 octobre 1892, le député

I. La délégation est une commission composée de 60 membres, soit 20 sénateurs et 40 députés^ qui se réunit alternativement à Vienne et à Pesth pour discuter dans le conseil dé l'Empire certaines afTaires importantes.

Zallinger interpella le gouvernement sur les faits du 2 octobre, et l'invita à soutenir la cause, non pas italienne, mais universelle, de l'indépendance pontificale, qu'une souveraineté territoriale peut seule assurer conformément à la justice. Les paroles de M. Zallinger

Le comto Kalnoky, chancelier autrichien.

furent appuyées par le prince Windischgrsetz et combattues par MM. Suess et Falkenhayner.

Le comte Kalnoky, chancelier de l'Empire, répondit en termes qui parurent singulièrement amers aux partisans de l'état de choses

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