PARIS I LILLE
tie St-Salplce, 30 I rue du Uetz, 41
MDCCCXCIV.
INTRODUCTION
npathie et de respect, en attendant les liens de religion allait négocier après avoir combattu ; et ce fut du haut Li on l'avait cloué que Pierre espéra, comme son Maître,
lui.
15 VU s'opérer cette attraction successive des gouver- ! la Rome pontificale, et il n'est pas dans ce livre de s instructif et plus encourageant. L'Allemagne prus-
alors la plus éloignée de ce centre, l'Allemagne de ismark, l'Allemagne du Kulturkampf ; et on lira ici ce î temps, de sagesse et de vouloir persévérant, ce qu'il t au négociateur de saint amour de l'Église, pour rivât à lui faire tomber les armes de la main. L'Anglerdée du côté de l'Irlande, où seul le Pape est capable lacifiquement la terrible question agraire, méritant bien : et l'autre des deux Iles : de l'Irlande, qu'il rapproche en la faisant rentrer dans le respect de l'équité, de
qu'il sort d'une crise redoutable et qui sait le reconurant enfin les haines invétérées déchaînées naguère C parla politique de Palmerston, En Suisse, à Genève, le Tessin, l'Église souffre de l'exil prolongé de ses l'intrusion sacrilège des vieux-catholiques, des prétenques du Conseil fédéral sur les écoles primaire* : peu : mêmes voies de négociations ou d'influences, legouveritique est amené à accepter le retour des exilés, sous des ux, à régler la question épiscopale du Tessin, à rendre nt primaire à l'autonomie des cantons. En Russie, si le it ni ne veut se prêter à des mesures qui préparent le l'Église de Pologne par le schisme moscovite, d'autre t du Tsar de faire cesser le long veuvage des églises le révoquer les mesures de rigueur exceptionnelle ■e les prêtres catholfques ; et le souverain de toutes les nore d'entretenir avec le Vatican des relations de
INTRODUCTION
mutuelle et cordiale bienveillance, resserrées aujourd'hui par un lien authentique et durable. Les gouvernements des nations catholiques, gouvernements en général moins catholiques que leurs peuples, se laissent conquérir, eux aussi, par la modération de ce Prince de la paix. En Espagne, il s'interpose entre alphonsistes et carlistes, en France entre républicains et monarchistes, en Belgique entre libéraux et catholiques ; et finalement c'est à lui que donnent raison les conseils des sages, l'obéissance des peuples, le résultat des choses. L'Italie officielle reste seule réfractaire à cet entraînement. Mais elle a beau faire : elle voit, et de plus près que personne, le respect, l'admiration, la confiance affluer de toutes parts vers son glorieux captif. Les chefs des premières puissances sont venus tour à tour vers lui, par dessus toutes les préventions de parti et les dissidences de religion. Le Vatican est redevenu le foyer de lumière auquel s'éclairent même les affaires de ce monde. De plus, une idée, qui déjà s'est traduite dans les faits, le désigne comme le siège d'un tribunal d'arbitrage pour la pacifique solution des conflits internationaux. Il n'y a pas d'autorité, même humaine, plus universellement reconnue que celle-là. Il n'y a pas de majesté qui reçoive plus d'hommages ; et au grand Jubilé sacerdotal du Pape on a pu voir tous les souverains ou chefs d'États des deux mondes, fidèles ou infidèles, ouvrir devant lui leurs trésors, et déposer à ses pieds l'or, l'encens et la myrrhe.
Ce rapprochement par en haut à quels moyens est-il dû.^ D'abord il ne fut acheté, il ne pouvait être acheté, par aucun sacrifice ni de la doctrine, ni des droits de cette Église dont le Pape est le gardien responsable devant Dieu. A ceux mêmes qu'il voulait gagner, il a su dire le non licet et le nonpossumuSy lorsque le devoir le dictait. Il l'a dit à la Russie, qui voulait russifier l'Église de Pologne pour la schismatiser. Il Ta dit à l'Autriche- Hongrie dans la récente affaire du mariage civil. Il l'a dit à l'Allemagne césarienne à chaque fois qu'elle pré-
VI INTRODUCTION
tendît à des pouvoirs discrétionnaîres sur TÉglise ; îl Ta dît à la France plus encore qu'on ne le saît ; et on lira ici pour la première fois une longue lettre de lui au président Grévy, qui est une plainte éloquente et une protestation d'une rare énergie contre la chaîne ininterrompue des persécutions et vexations infligées de nos jours à rÉglise catholique: expulsion des religieux, loi scolaire, loi militaire, loi du divorce, suppression du traitement des évêques et des prêtres. Mais, au sein même de ces résistances nécessaires, il y a à observer les non moîns nécessaires tempéraments de parole et de conduite. Il y a le respect de ceux à qui Ton veut inspirer le respect. Il y a Texemple de Celui dont il fut prophétisé qu'il n'enflerait pas sa voix, qu'il ne marcherait pas sur le roseau brisé et n'éteindrait pas la mèche qui fume encore. En dépit des impatients et des emportés, le Pape aura donc ses ménagements, ses attentes, ses égards, ses accommodements. Il ne faut pas rompre avec des fils ; il ne faut pas fermer la porte à l'espérance ; il ne faut pas compromettre, pour des siècles peut-être, l'intérêt d'une Église et le salut éternel d'un peuple. La vue du plus grand bien est ici la vue dominante, souveraine. Quant aux moyens et au moment de l'obtenir, le Pape a la science des temps comme il a la clef des âmes ; et s'il veut ne les ouvrir que par la seule force de la sagesse, de la justice, de la longanimité et des condescendances légitimes et possibles, y a-t-il une tactique plus évangélique que celle-là ?
Cependant les Encycliques du Docteur infaillible venaient projeter sur l'Église une lumière sûre, apportant une réponse à toutes les questions qui inquiètent le monde : le mariage et la constitution divine de la famille ; le pouvoir politique avec ses droits et ses devoirs ; la franc- maçonnerie et les sociétés secrètes ; la constitution des sociétés chrétiennes; la liberté dans son usage et ses abus; l'apostolat, l'esclavage, la condition des ouvriers, etc. C'étaient autant de traités lumineux et complets que ces Lettres apostoliques ; et chacun de ces sujets y était présenté dans ce langage
INTRODUCTION. VII
antique, beau et grand, qui est comme le manteau de reine, le manteau d or qui sied à la vérité souveraine : in vestitu deaurato. Après que Pie IX avait condamné une à une les erreurs contemporaines, Léon XIII, dans le même dessein, venait exposer largement la vérité, comptant avec raison que son majestueux éclat la ferait reconnaître et que sa douce sérénité la ferait accepter. Puis, à Tappui de la doctrine, un grand mouvement d'études est provoqué par lui. Il ramène la philosophie et la théologie aux principes et à la méthode puissante de la scolastique, avec saint Thomas d'Aquin comme maître, patron et modèle. Puis c'est vers l'histoire qu'il pousse les explorations des chrétiens, leur ouvrant libéralement ces archives vaticanes où sont accumulés les trésors des siècles. Hier, il nous traçait d'une main prudente et sûre les conditions et règles à observer dans les études bibliques. Il crée autour de lui des académies *et associations savantes dont il est Tâme; il encourage et dirige les universités ; il provoque et entreprend la publication des monuments historiques des règnes passés, et Rome est redevenue par lui, un grand centre intellectuel qui rayonne sur le monde. C'est toujours la réconciliation qu'en cela aussi il a en vue : la réconciliation dans le domaine de la pensée comme il l'a désirée dans le domaine des faits.
Il la veut, il la demande de même dans le domaine politique et dans le domaine social.
Quelle nation a reçu plus de gages de sa prédilection que celle qu'il daigna nommer « la très noble nation française » } C'est surtout avec elle et ses représentants, qu'il se gardera de rompre, malgré les sollicitations et les promesses de nos ennemis, malgré les maladresses ou les emportements de nos amis. La Fille aînée de l'Église n'a pas perdu, malgré ses fautes, son droit d'aînesse sur son cœur. Par tous ses discours et ses actes, il n'a cessé de l'honorer, de l'exalter dans son histoire, dans ses vertus, dans ses grands hommes, dans ses saints ; et voici aujourd'hui même qu'il s'apprête
VIII INTRODUCTION
à mettre Tauréole au front de son héroïque et pure libératrice d'autrefois. Mais par dessus tout il a rendu à F Église de France le service incomparable de la faire sortir de la passe politique hérissée d'écueils, qu'après vingt ans de manœuvres où elle usait ses forces, elle achève de traverser à cette heure.
Il n'y a pas, dans tout cet ouvrage, de sujet qui soit traité avec plus d'étendue, plus de richesse et de sûreté d'informations, plus de précision d'idées et de jugements, et dès lors plus d'intérêt, que ce sujet capital de l'intervention du Pape dans la politique française. Il remplît à lui seul six chapitres où se déploie dans toutes ses phases la très grave évolution dont les raisons et le caractère ne sont vraiment bien saisis qu'après cette lecture, émouvante comme celle d'un drame. C'est un drame en effet qui a son prologue, son action, et dont le dénouement est proche, nous l'espérons. La période de préparation nous fait assister à la tentative d' Union catholique de M. de Mun dès 1885 ; puis éclate en 1890 le toast d'Alger ; puis viennent à la suite les lettres et Brefs de Rome au cardinal Lavigerie, l'attitude diverse de l'épiscopat, les hésitations et les résistances, la recrudescence des hostilités dans la presse et au parlement, la ferme Déclaration des cardinaux français et l'adhésion de l'épiscopat presque tout entier. C'est alors que sur ce terrain ainsi préparé intervient solennellement l'auguste personne du Pape, par cette Encyclique aux Français du 16 février 1892 qui restera un des faits les plus mémorables de l'histoire de l'Église et de Thistoire de France.
Léon XIII n'intervient pas pour ménager à l'Église une action politique sur l'État: il le déclare tout d'abord. Il ne vient pas davantage examiner abstractivement quelle forme de gouvernement est la meilleure, ni contester à chaque citoyen la liberté du choix entre ces différentes formes. Ces formes sont de leur nature contingentes et variables. Mais, sous leur diversité et au sein de leurs transformations, il reste le pouvoir: c'est une nécessité sociale :
INTRODUCTION. IX
il faut reconnaître un gouvernement; l'Église elle-même en a donné l'exemple, dans tous les temps.
Or le gouvernement de fait que depuis vingt ans la France s'est donné est le gouvernement républicain. Sans préjuger des questions devenues purement théoriques, le Pape démontre qu'à l'heure présente, le bien, le plus grand bien des âmes et de la religion, commande aux Français d'accepter la République comme gouvernement actuel de leur nation. Tel est le terrain sur lequel doivent se rencontrer et s'unir désormais tous les gens de bien. Que si on lui allègue le caractère antichrétien du gouvernement français, le Pape déclare que personne n'en gémit plus que lui ; mais il établit alors la lumineuse et essentielle distinction à faire entre la constitution et la législation. On acceptera l'une, mais dans le dessein et l'espoir d'amender l'autre, qu'on ne cessera de combattre dans ce qu'elle a de contraire à la conscience et à la liberté. Accepter la constitution pour améliorer la législation : il n'y a pas de ligne de conduite plus nette et plus pratique que celle-là. Mais qu'on se garde de parler de l'abolition du Concordat : c'est provoquer une scission des esprits sur un sujet réservé au Saint-Siège. Qu'on n'avance pas non plus la théorie téméraire de la séparation de l'Église et de l'État. Une telle situation est anormale, redoutable ; elle équivaut pour une société à la négation de l'Église ; et il ne faut pas souhaiter pour l'Église un régime dans lequel le gouvernement ne lui reconnaîtra d'existence que le jour où il lui plaira de la persécuter.
Il importe de suivre dans le livre de Mgr de T'Serclaes les conséquences qui découlèrent de cet acte : il y a profit et consolation à le faire. D'abord on y voit se produire de toutes parts une agitation extraordinaire: l'ordre sortira de ce chaos. Le radicalisme, l'anticléricalisme, poussent les cris de l'énergumène sous le coup de l'exorcisme. L'opportunisme au pouvoir déclare que la législation est inséparable de la constitution ; et qu'elle constitue le domaine
INTRODUCTION
inaliénable, intangible de la République. Les anciens partis s'affligent et s'inquiètent dans leur fidélité séculaire ; mais l'Encyclique bien comprise et expliquée laisse à ces hommes d'honneur leurs regrets pour le passé et leurs espérances pour l'avenir, ne leur demandant que de se rallier au présent, au nom de cette patrie et de cette religion dont ils sont héréditairement les fils les plus dévoués. Les députés catholiques les plus en vue par leurs services et leurs talents font à la volonté du Pape le sacrifice de leurs opinions et de leurs traditions ; et, sous leur direction, la lettre de Léon XIII devient le programme de comités d'action qui s'organisent par le pays. Les évéques soulagés acceptent unanimement la constitution, et l'on entrevoit ki jour oiLlamèmeà unanimité se produira pour arriver, par des voies sages et fermes, à faire réformer la légii^dôn.
Ce n'est pas que le pouvoir se hâte de baisser la lance devant eux, ni que la loi se relâche des rigueurs et des exactions infligées par elle à l'Église. On dirait que nos ennemis ont pris à tâche de rendre impossible une alliance qui ruinerait leur crédit en sauvant le pays. Mais le Pape ne s'y trompe pas; et quoi qu'on fasse, rien ne le découragera, ni ne le fera dévier de sa ligne. Ce sera son honneur d»avoir marché vers le but d'un pas aussi ferme que son regard était sûr. Ce sera sa consolation, nous en avons la confiance, de voir enfin, avant que ce regard ne se voile, passer sur nous cet « esprit nouveau >, esprit de justice et de paix, que voient venir et annoncent ceux-là même dont les actes s'inspirent encore de cet ancien esprit de parti et de secte, qui n'a soufflé sur le pays que la tempête ou la stérilité.
Non moins ardente et plus profonde que la question politique, plus générale aussi et plus universelle, est la question sociale. Comment n'en eût pas été ému le vicaire de Celui que Ton avait appelé € le fils de l'ouvrier >, de Celui qui poussa un cri de si compatissante tendresse sur les foules affamées ? L'Encyclique sur la condition des ouvriers, si on veut bien la comprendre, est la grande
INTRODUCTION. XI
charte constitutionnelle du travail moderne, selon l'esprit de justice et de charité évangéliques. Les vrais travailleurs des deux mondes Tont compris. Déjà aux États-Unis l'association des chevaliers du travail avait trouvé auprès du Pape, au lieu d'une réprobation, des paroles de paix et de sages conseils, placés sous la garantie de leurs premiers pasteurs. Mais où Léon XIII apparut bien le Pape des ouvriers, ce fut dans ces audiences mémorables du Vatican où ces hommes, venus là par dizaines de mille, l'entouraient, l'acclamaient comme un libérateur et un père. Et ceux qui Tont vu dans ces journées-là, réunissant dans ses mains la main de l'ouvrier et celle du patron agenouillés à ses pieds, ont bien reconnu en lui « l'homme de la réconciliation dans des jours de colère >, comme l'Écriture le dit du patriarche qui sauva du déluge les débris de l'humanité et fut le fondateur d'un monde renaissant.
Si pour les ouvriers il a demandé l'équité, pour les esclaves il a réclamé la liberté. C'est un autre et bien glorieux chapitre de cet ouvrage. Il va du Brésil où, de concert avec le Pape, l'empereur signe l'émancipation des noirs, à cette Afrique centrale et équatorîale où sont les réservoirs de ces honteux marchés qui chaque année trafiquent de la vie et de l'âme de milliers et de milliers de créatures humaines. Léon XIII leur suscita des vengeurs, des rédempteurs, des apôtres. Un jour, à Rome, entouré d'une couronne de missionnaires qui lui présentaient quelques-unes de ces victimes rachetées de la torture et de la mort, il ordonna à un grand évêque de prendre en main leur cause devant l'Europe et au delà. Et ce fut lui, le Pape, qui lança le manifeste de cette croisade contre l'esclavage où il eut pour second le grand cardinal d'Afrique, dont l'histoire, — Dieu le veuille! — ne sera pas déplacée à côté de la sienne.
En parcourant l'histoire de ce règne et de ses œuvres, on prend donc bien l'idée de l' Évêque œcuménique ou universel. Cela sans doute est vrai de tous les Papes ; mais combien plus l'image en est saisissable à mesure que de plus en plus les distances s'effacent et que
XII INTRODUCTION
tous les points du globe se rapprochent et se touchent ! Ce globe, le Pape Léon XI II le tient vraiment dans sa main. Et, en lisant ces pages, il me semblait le voir, ce Père apostolique, l'embrasser de son regard et y chercher chaque matin une place nouvelle où il pût faire à Jésus-Christ une nouvelle conquête.
C'est donc un grand conquérant. Regardons d'abord T Amérique. Là, aux États-Unis, il a fondé trois nouvelles provinces ecclésiastiques, 23 diocèses, une université. Depuis son pontificat, les séminaires ont vu leur nombre s augmenter de 15, les collèges de 53, les académies de 137, les écoles paroissiales de 1457, les églises de près de 3000, les prêtres de 3800. Je ne sais quelle inclination Tattire vers ce jeune peuple, son peuple d'acquisition, duquel il pourrait dire comme le disait déjà Grégoire XVI : «Je ne suis nulle part plus pape qu'en Amérique. > Il s'est associé à ses fêtes jubilaires, comme elle-même s'était associée aux siennes : on se souvient de sa magnifique Lettre sur Christophe Colomb! Il a réglé avec de sages ménagements la question de ses écoles ; il entretient à Washington des relations qui se tournent, en chaque occasion solennelle, en honneurs et respect pour nos hauts dignitaires ecclésiastiques. Et voici enfin qu'il vient d'y créer la permanence d'une Délégation apostolique, qui couronnera dignement la constitution de la hiérarchie catholique aux États-Unis.
Le vieil Orient lui est cher. Tout récemment encore il est allé vers lui par son cardinal-légat, notre éminent archevêque de Reims. Par lui il est entré triomphalement à Jérusalem pour y adorer Jésus-Christ, « dans le lieu où il avait posé ses pieds divins >. Là il a dit à ces patriarches, à ces évêques orientaux, que leurs rîtes antiques leur seraient conservés, qu'il ne voulait d'eux que le retour à l'unité romaine en laquelle ils retrouveraient leur force, leur splendeur d'autrefois peut-être, et surtout le salut. L'histoire de la propagation de la foi et des missions catholiques dans ces dernières années, ouvre la porte à toutes les espérances chrétiennes. Enfin
INTRODUCTION. XII I
la même main a réorganisé les chrétientés de TExtrême-Orient. Elle a établi la hiérarchie aux Indes et au Japon jadis si cruellement fermés à la croix. Et ce sera une des joies de Léon XIII d'avoir consolé les os de tant de martyrs, exaucé leurs prières, et fait tressaillir d'allégresse la bienheureuse âme de François- Xavier.
Comme ce livre fait jouir des triomphes du Pape, il fait souffrir de ses douleurs; car Léon XI II aura connu les liens et la croix qui furent promis à Pierre. Il aura traversé un pontificat perpétuellement entouré d'ennemis et hérissé d'entraves. Il aura vu les restes de son saint devancier insultés par les hommes qui avaient autrefois acclamé ses bienfaits. Il aura vu la statue d'un moine impie et infâme dressée dans la Ville sainte, en haine de Dieu et de son Christ. Il aura vu ses pas épiés et comptés par ses geôliers jusque dans l'enceinte de sa propre demeure. Il aura vu la main-mise sur les biens de la Propagande, c'est-à-dire sur le prix de la rédemption des peuples, opérée dans l'intérêt financier d'un État aussi besogneux que rapace. Il aura vu insultés, frappés, empriçonnés impunément nos pèlerins, ses fils, venus pour s'agenouiller sous sa bénédiction. Mais si tant de maux ont dû lui arracher des plaintes et des protestations, ils n'ont pu lui arracher du cœur l'héréditaire amour qu'il a pour cette Italie que tous les papes avaient travaillé à faire grande en la faisant heureuse.
Par contre, il s'est fait des amis tout-puissants au ciel comme sur la terre. Il a aimé Marie, dilaté son culte, multiplié ses serviteurs. Il a glorifié Joseph. Il a décrété une fête de la Sainte- Famille. Il a fait monter sur les autels une foule bienheureuse de ces pauvres, de ces doux, de ces persécutés, de ces affamés et altérés de justice, et de ces purs de cœur, sur le front desquels il a placé la couronne du royaume des cieux.
Je m'arrête, quoique à regret. Aussi bien je n'ai pas à refaire ce livre : il aurait trop à y perdre. C'est à lui qu'en toute confiance je
XIV INTRODUCTION
renvoie les lecteurs, assuré qu'ils y trouveront le vif intérêt d'esprit et de cœur que j'y ai goûté moi-même. Si plus tard d'autres histoires de ce grand pontificat sont écrites par la main de la postérité, du moins celle d'aujourd'hui restera-t-elle comme une source aussi abondante que pure d'informations contemporaines et d'appréciations équitables, qui guideront la pensée des écrivains de l'avenir. Elle aura montré la voie et empêché le jugement public de s'égarer.
Tel est le vœu le plus cher du Prélat qui l'a écrite.
L'ouvrier était d'ailleurs prédestiné à l'œuvre. Il est Belge et Romain. Il vient du pays où Mgr Pecci a laissé un souvenir lointain mais toujours cher. Il habite le pays dont le pape Léon XIII est la première grandeur. Il est de sa maison, il préside à une de ses œuvres universitaires. Comment n'eût-il pas écrit avec cette chaleur d*âme communicative qu'il se reproche, dans son Avant-propos, comme plus proche du plaidoyer que du calme récit ? C'est le ton de la conviction ; et certes ce n'est pas moi qui aurais le droit de lui jeter ici la première pierre.
Il est une autre sorte d'attrait, puissant et charmant, que possède cet ouvrage ; et, celui-là, c'est aux éditeurs qu'il le doit. La vie de Léon XIII est un des plus riches produits de la librairie catholique Desclée et C^^ qui, en l'honneur du Pape, a voulu renchérir encore sur ses précédentes publications de luxe. Outre la beauté typographique de ces deux riches volumes, une centaine de portraits ont trouvé place dans le texte. Ce sont les contemporains, illustres à des titres divers, hommes d'Église et hommes d'État, hommes d'épée et hommes de lettres, savants et saints, amis et même quelques-uns ennemis, dont le nom s'est rencontré à côté de ce grand nom, de sorte que Léon XIII marche ici escorté de son siècle tout entier.
Qu'il y préside encore, à ce siècle qui s'achève ! Qu'il préside au matin de celui qui va s'ouvrir, et qu'il aura travaillé à rendre meilleur et plus heureux ! Qu'il assiste à cet embrassement de la justice
INTRODUCTION. XV
et de la paix qu'il aura préparé ! Que la liberté lui soit rendue pour le service de la vérité en ce monde! Qu'il voie se faire de plus en plus l'unité du bercail sous un même pasteur! Et que chaque année dont Dieu le couronnera ajoute à son histoire, dans le Livre de vie. un chapitre de plus !