CHAPITRE PREMIER
pittoresques masures en pierres mal dégrossies, aux tons gris, aux fenêtres irrégulières, entre lesquelles serpentent des rues étroites, affectant la plupart du temps l'aspect d'escaliers tortueux. Le long de ces rues s'ébattent des essaims d'enfants en haillons éclatants, sur le seuil de leur porte, des vieilles filent le lin et le chanvre avec d'antiques fuseaux; de robustes montagnards, en guêtres et en culottes courtes, passent conduisant des ânes chargés de bois ou
de produits agricoles; puis ce sont des jeunes filles portant sur leur tête la classique amphore de cuivre qu'elles ont été, comme Rébecca, remplir à la fontaine voisine. Car le bourg possède maintenant d'abondantes fontaines grâce à la munificence de Léon XI H. Jadis Carpineto souffrait d'une disette d'eau presque habituelle. Aujourd'hui, cette calamité n'est plus à craindre. Déjà étant évêque de Pérouse, Joachim Pecci avait essayé de fournir l'eau à son pays natal en faisant capter une source voisine, qui malheureusement se
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tarit bientôt. Devenu pape, Léon XIII recommença l'entreprise sur , nouveaux frais. L'ingénieur Olivîeri fut chargé de ce travail. Il amena à Carpineto les eaux de source du mont Carpino, situé au sud-est du bourg à une distance de cinq kilomètres. La montagne, composée de roche calcaire fort dure, fut entamée au moyen de la dynamite. On y creusa deux galeries, lune de 400, Tautre de 90 mètres. Les travaux mirent au jour une caverne longue de 100 mètres où Ton découvrît une nouvelle source. Les eaux de celle-ci et des. sources connues antérieurement furent emmagasinées dans cinq grands réservoirs, échelonnés Tun au-dessous de Tautre et capables de contenir environ 7 000 mètres cubes d'eau. Une disposition ingénieuse permet de régler le débit de l'eau suivant sa plus ou moins grande abondance, si bien que, même pendant les trois mois de grande sécheresse, chaque famille de Carpineto peut compter sur une consommation journalière de cent onze litres, sans compter tout ce qui est utilisé pour les usages agricoles. Deux gracieuses fontaines.l'une sur la place publique de Carpineto devant l'église collégiale, l'autre devant le palais Pecci, versent avec abondance leur eau saine et limpide aux habitants du pays. Elles sont décorées d'inscriptions latines com-, posées par le Souverain-Pontife. Voici celle qu'on lit sur la fontaine de la place publique :
Fons ego, decurrens, nitidis argenteus undis, Quem cupide irrîguum florea prata bibant.
At non prata bibent, cives, me florea ; vestras Gratius est largo spargere rore domos.