‹ Le pape Léon XIIIChapitre 119 sur 248 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

glorieuse victime. Quïi nous suffise de dire que le moine Kiupelian, s'étant arrogé le titre de chef civil des Arméniens et ensuite celui de patriarche de Cilicie, était à l'époque dont nous parlons, la tête du schisme. Les discussions et les embarras qu'il trouva dans son propre troupeau le mirent sur le chemin de Damas, et, par Tentremisede Mgr Hassoun, il fit sa soumission au Pape, après avoir adressé à la Sublime Porte la renonciation de ses titres usurpés, et avoir essayé, mais vainement, de ramener au bercail avec lui toutes les brebis errantes dont il avait été le pasteur illégitime.

Le Saint-Père consentit à le recevoir, et, le 20 avril, eut lieu la touchante cérémonie de la réconciliation. Le converti s'approchant du trône du Pape autour duquel étaient rangés plusieurs cardinaux, lut à haute' voix une humble rétractation de toutes ses erreurs. Léon XIII, semblable au père de Tenfant prodigue, fit au moine repentant laccueil le plus tendre. <L II est doux et consolant pour un père, lui dit-il, d embrasser de nouveau et de presser sur son sein un fils qu'il croyait perdu... C'est cette joie, cette. consolation qu'éprouve Notre cœur en vous voyant, cher fils, après vous avoir longtemps attendu, rentrer dans le sein de l'Église catholique et faire disparaître le germe d'une division très funeste aux catholiques de l'Arménie. » Il loua ensuite le courage qu'avait montré le converti, en quittant tout pour réparer sa faute et acquérir ainsi une gloire immortelle devant Dieu et devant les hommes, puis il ajouta : « En vous accordant le pardon le plus entier et le plus ample, Nous entendons faire, de Notre propre volonté, une exception aux règles générales de la discipline ecclésiastique, et vous concéder les titres, insignes et honneurs de la dignité épiscopale que vous avaient induement conférés quelques prélats déserteurs de l'unité catholique. » Ce trait touchant de la bonté du Pape ne fait-il pas penser au citoproferle stolam primant de la parabole ? Le discours de Léon XIII se terminait par ces mots : « Qh ! Combien Nous sont chères les Églises d'Orient !

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Combien Nous admirons leurs antiques gloires ! Combien Nous serions heureux de les voir resplendir dans leur grandeur première! » Rendre la sève et la vie à ces Églises jadis si illustres est en effet une des grandes pensées du pontificat de Léon XI I I,une de ses pensées les plus fécondes, dans ce temps où la politique et les efforts de toutes les puissances de TEurope regardent plus que jamais vers ^'Orient. La suite de ce récit nous montrera ce que Léon XIII fit dans cet ordre d'idées. Bornons-nous à constater ici que le sultan, accueillant favorablement les démarches de la diplomatie pontificale, réintégra Mgr Hassoun dans tous ses droits, et fit remettre aux catholiques la presque totalité des églises induèment détenues par les schismatiques. Le Saint-Père adressa, le 28 avril 1879, une lettre au sultan Abdul-Hamid, pour le remercier de son intervention si favorable aux catholiques. En recevant cette lettre que lui remit Mgr Grasselli, le souverain déclara que la réintégration de Mgr Hassoun dans ses droits n'avait été de sa part qu'un acte de justice. Peu de temps après, les évêques Gasparian et Bahtiarian euxmêmes, qui avaient été les principaux auteurs du schisme, firent leur soumission.

Préoccupé comme il Tétait de Tétat de la religion en Orient, Léon XIII ne pouvait manquer de jeter un regard douloureux vers une puissance dont le rôle devient de jour en jour plus considérable : nous avons nommé la Russie. Fille de l'Église grecque, TÉglise russe a suivi sa mère dans sa défection et son obstination. A l'exemple des empereurs de Byzance, à l'héritage desquels ils aspirent, les czars prétendent au monopole de l'orthodoxie, et se sont montrés les persécuteurs irréconciliables du catholicisme. La malheureuse Pologne surtout a souffert de l'oppression, tantôt sanglante, tantôt bureaucratique, mais toujours implacable, du gouvernement russe, et le règne de Pie IX s'était, comme nous l'avons dit, terminé par une rupture éclatante avec ce gouvernement, de qui il semblait

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