CHAPITRE TREIZIÈME
de Rossi, et Laurent de Brindes, enfin de cet étonnant mendiant Benoît Labre, dont Télévation aux honneurs des autels semble un audacieux défi lancé à un siècle épris uniquement de progrès matériels et de raffinements sensuels. La canonisation eut lieu dans l'immense salle qui surmonte le portique de Saint-Pi erre, le 8 décembre 1881, au milieu d'un nombreux concours d'évêques et de fidèles. C'était la première fois, depuis l'invasion pîémontaise, que Rome revoyait les pompes de ces admirables cérémonies.
Nous avons dit déjà comment, dès les débuts de son pontificat, Léon XIII avait cherché à renouer avec lempire des tsars les relations interrompues à la fin du règne de Pie IX. Ce n'était pas exclusivement dans le désir très vif de rendre la liberté à T Église de Pologne, mais aussi dans l'espérance de diminuer, si faire se pouvait, les préjugés de la grande puissance slave à l'égard du catholicisme, et de préparer ainsi les voieç à un événement capital dans l'histoire de l'humanité : la réunion de l'Église orientale avec l'Église occidentale.
Son regard si clairvoyant est en effet sinjg^ulièrement attiré par cette race slave qui, placée entre l'Orient et l'Occident, semble arrivée à un moment où sa puissance va déborder irrésistiblement sur l'un et sur l'autre. Les préoccupations du Pape à ce sujet s'étaient manifestées en 1880 par son «encyclique Grande munus, du 30 septembre, dans laquelle il rappelait tout ce qu'avaient fait les pontifes romains pour le bien spirituel et temporel des Slaves, et exprimait son vif désir de voir l'un et l'autre se développer de plus en plus. II y rappelait l'histoire des grands missionnaires, S. Cyrille et S. Méthode qui, partis de Rome, avaient porté au monde slave tout entier la civilisation et la foi ; et à propos du reproche qu'on leur avait fait d'avoir introduit l'usage de la langue slave dans la liturgie, Léon XIII rappelait avec complaisance l'approbation donnée par le Saint-Siège à la manière d'agir des deux saints évêques. Un des préjugés qui retardent le plus la réconciliation des orientaux avec
Rome est en effet la persuasion où ils sont que le Saint-Sîège cherche à remplacer leurs anciens rites nationaux par le rit latin. Le Pape exprimait Tintention de faire refleurir le catholicisme chez les Slaves en augmentant parmi eux le nombre des évêques et des prêtres. Enfin il ordonnait la célébration par tout Tunîvers de la fête des deux saints slaves.Cette encyclique avait eu un immense retentissement parmi les peuples de cette race. Bientôt après un pèlerinage, composé de 1 200 personnes appartenant à toutes les nationalités slaves, sauf à la Russie, fut reçu par Léon XIII le 5 juillet 1881 et entendit de la bouche même du Souverain Pontife l'expression de son amour pour leur race. Répondant à un éloquent discours du grand apôtre du slavisme catholique, Mgr Strossmayr, le Pape fit des vœux ardents pour que S. Cyrille et S. Méthode protègent le nom slave, € en obtenant de Dieu aux uns la persévérance, aux autres la guérison, en donnant à tous le zèle dé la charité mutuelle »; et pour 4L qu'ils écartent de l'héritage du Seigneur les inimitiés, les disputes et les divisions. Qu'ils recommandent surtout à Dieu, poursuivait Léon XIII, cette nation slave (la Russie) qui est la plus puissante par le nombre, la force, la richesse, qui les honore comme ses apôtres, mais qui a néanmoins rompu les liens par lesquels ces mêmes apôtres l'avaient attachée à S. Pierre et à l'Église romaine. Quand la concorde sera rétablie dans la foi, les droits de chaque nation demeurant saufs, alors enfin on pourra avoir une grande confiance dans votre action et votre puissance pour propager le royaume de Dieu sur la terre, car la race slave semble réservée par les conseils divins à de grandes destinées. »
Léon XIII montrait ainsi qu'il ne nourrissait aucune animosité contre la Russie, et qu'il ne désirait qu'une chose : la voir rentrer dans.l'unité catholique pour son bien et celui de toute la race slave.
Mais on n'était pas encore en état de comprendre ce langage sur les bords de la Neva. La Russie schismatique avait jalousement empêché ses sujets de se joindre au pèlerinage : elle voyait dans