CHAPITRE QUINZIÈME
à la fin de 1884, elle était un fait accompli. Le 15 mars de la même année, pour atténuer, danâ la mesure du possible les effets de cet acte sacrilège, le Saint-Siège s'était décidé à transporter hors d'Italie la gestion du patrimoine de la Congrégation. A cet effet onze procures étaient établies en Europe, trois en Asie, une en Afrique,sept en Amérique et une en Océanie. Cest à ces procures que les catholiques étaient invités à adresser désormais leurs largesses.
Tout en faisant tête aux ennemis de la religion en Italie et ailleurs, Léon XIII se préoccupait sans cesse des moyens d'augmenter chez les fidèles l'esprit propre du christianisme, qui seul peut les aguerrir pour les terribles luttes de l'heure présente. A cet effet il songea au patriarche d'Assise, qui renouvela par les ardeurs enflammées de son zèle la vie. spirituelle des chrétiens du moyen âge.
Le 1 7 septembre 1882, à l'occasion du huitième centenaire de saint François d'Assise,paraissait une encyclique dans laquelle Léon XIII faisait le panégyrique de ce saint fondateur, et montrait l'immense et heureuse influence exercée par lui au milieu des agitations de son siècle. Il comparait aux vices et aux troubles sanglants de cette époque les vices plus grands encore et les révolutions de notre temps, et exprimait l'espoir de voir l'ordre franciscain renouveler pour le bien des âmes les prodiges religieux d'autrefois. Il recommandait particulièrement le Tiers-Ordre deSt-Françoiscomme merveilleusement apte à répandre les vertus d'obéissance et de pénitence, d'abnégation et de charité, qui constituent la barrière la plus forte à l'envahissement du socialisme. Lorsque parut S. François, disait-il, € l'erreur multiple des Albigeois, en excitant des révoltes contre la puissance de rEglise,avait en même temps bouleversé la société civile et préparé la voie à une sorte de socialisme. Aujourd'hui pareillement le nombre des fauteurs et des propagateurs du naturalisme s'est augmenté; ils nient avec opiniâtreté qu'il faille ^e soumettre à l'Église et peu à peu franchissant toutes les bornes.
ils n'épargnent pas même la société civile, ils approuvent les violences et les séditions populaires : ils agitent la question agraire ; ils flattent les passions des prolétaires: ils affaiblissent les fondements de l'ordre public et privé.» Aces tendances perverses, Léon XIII oppose l'esprit franciscain, ennemi des cupidités, ami de la piété, de l'obéissance, et respectueux du droit d' autrui, i. Rien n'est plus propre que cet esprit à extirper radicalement la violence, les injustices, la passion des nouveautés.la haine entre les diverses classes de citoyens,toute5 choses dans lesquelles consistent à la fois les principes'Ct les armes du socialisme. >
Rapprochons de l'encyclique analysée ci-dessus la constitution datée du 5 juin de l'année suivante,par laquelle la règle des Tertiaires est modiflée et adoucie en certains points, afin qu'elle puisse mieux s'adapter aux nécessités du temps présent. Les indulgences et privilèges du Tiers-Ordre y subissent également une révision propre à enlever les incertitudes qui se faisaient jour à leur propos.
[gapitre Stisièrae.
L-euii XIII et les études historiques.— Lettre sur le deuxième centenaire de la libération de Vienne par Jean Sobieski. — Encycliques sur le Rosaire. — Rétablissement de la paix religieuse en Suisse. — L'Encyclique HUMAHUM GENUS sur la Franc- Maçonnerie. — Epidémie cholérique de 1684: construction d'un hôpital modèle au Vatican. — Encore le Rosaire. — Concile national de Baltimore. — Léon XIII et l'Espagne.
IOUS avons vu plus haut comment Léon XIII s'efforça de remédier au désarroi dans lequel étaient tombées les études philosophiques. Son attention fut bientôt attirée vers une autre branche du savoir humain où de grands progrès étaient à faire. Nous voulons parler de l'histoire. On peut affirmer que, depuis la venue de Jésus-Christ, l'histoire de la civilisation se confond avec l'histoire des Papes, tant ceux-ci ont été mêlés à tous les événements qui ont agité les générations successives de l'humanité. Mais les Papes n'ont pas seulement/fli'/ r histoire, pour ainsi dire, ils sont encore les gardiens du plus précieux des trésors historiques : les archives vaticanes, dont les richesses sont demeurées inexplorées pendant une longue suite de siècles.
Le Pontife comprit que ces deux faits lui imposaient le devoir et lui donnaient le moyen de faire jaillir sur le monde des flots de lumière, capables d'éclairer le passé au grand profit de l'Eglise et de la vraie science.
II exprima ses idées et manifesta ses intentions à ce sujet dans la lettre qu'il adressa, le l8 août 1883, aux cardinaux de Luca, Pîtra et Hergenrœther sur les études historiques. Après avoir observé que les ennemis de l'Église, principalement en Italie, veulent faire servir
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l'histoire à leur haine contre le pontificat romain, il établit que les monuments historiques des temps passés défendent magnifiquement par eux-mêmes TÉglise et la Papauté. Il dénonce la grande conspiration contre la vérité commencée, au détriment du catholicisme, par les centuriateurs de Magdebourg, et continuée par les écoles hétérodoxes postérieures et même par des hommes qui se disent catholiques, notamment en Italie. Silence sur les choses louables, exagération quant à celles qui le sont moins, accusations injustes et suspicions téméraires des intentions : voilà les armes dont on s'est servi contre les Papes et contre l'Église, pour en arriver à décréter qu'ils ont démérité de l'humanité et de la civilisation. Ces accusations s'affirment dans de gros volumes et dans des brochures, elles sont popularisées par les journaux et le théâtre. Elles pénètrent enfin dans les écoles inférieures, où les enfants apprennent à mépriser les choses et les personnes les plus saintes. Le mal est plus grand encore dans les écoles supérieures, où l'histoire est étudiée plus profondément et dans ses causes. C'est là surtout que l'on attaque la bienfaisante influence des institutions chrétiennes, sans égard aux contradictions où l'on s'enfonce, ni aux ténèbres dont on entoure ainsi la philosophie de l'histoire. Décrivant alors à grands traits les bienfaits du pontificat romain, Léon XIII rétablit sommairement la vérité des faits. Le rôle des Papes dans les invasions des barbares, dans la lutte contre les empereurs allemands et contre Napoléon I^^ dans la défense de l'Europe contre les Turcs, enfin dans la protection des sciences et des arts, apparaît dans toute sa grandeur, dans toute son utilité, spécialement par rapport à l'Italie. Vouloir nier ces vérités, c'est vouloir mentir à l'évidence. Aussi plusieurs savants protestants ont-ils été amenés à rendre hommage au pontificat romain. Il n'en est que plus honteux de voir des catholiques et des Italiens en user autrement. Cependant l'histoire, faussée et devenue la servante des passions et des partis, fait un mal immense et irréparable dans les esprits des jeunes gens et dans la société entière.