CHAPITRE QUINZIÈME
lui-même dans les derniers restes de son indépendance territoriale. Un ingénieur nommé Martinucci ayant été congédié du service du Vatican, intenta un procès devant le tribunal civil de Rome, pour obtenir du Saint- Père le paiement d'une somme qu'il prétendait lui être due. Le tribunal repoussa cette prétention, mais il déclara sa compétence dans TafTaire en question, au mépris de la loi des garanties qui concède au Pape la qualité légale de souverain, et interdit toute ingérence des pouvoirs italiens dans Tenceinte du Vatican. Par cet arrêt le privilège de Textra-territorialité était refusé au Saint- Père, et il était d'une manière équivalente déclaré sujet du roi d'Italie. La cour d'appel confirma l'arrêt en question. La gravité de ces décisions était évidente non moins que l'atteinte qu'en recevaient la liberté et la dignité pontificale. Une note du cardinal Jacobini attira l'attention des puissances sur ce qui venait de se passer, tandis que, par un motuproprio daté du 25 mai 1882, le Saint- Père établissait dans l'enceinte même du Vatican deux commissions devant fonctionner, l'une comme tribunal de i*"® instance, l'autre comme tribunal d'appel dans les causes appartenant aux diverses administrations de la maison pontificale. C'était une revendication de l'indépendance et de la souveraineté qui appartiennent encore au Pape dans l'enceinte du Vatican, dernier et précieux reste du pouvoir temporel pontifical.
L'incident Martinucci et la note du cardinal Jacobini ressuscitèrent aux yeux du gouvernement italien ce spectre de la question romaine qui trouble sans cesse sa quiétude affectée. Les réponses des puissances à la note du secrétaire d'État, spécialement celles de l'Autriche et de la France, furent en effet pleines de bienveillance, et divers cabinets firent des remontrances au ministre des Affaires étrangères d'Italie sur l'atteinte donnée à l'extra-territorialité du Vatican, et sur les embarras qui dérivaient pour les gouvernements de l'agitation causée parmi les catholiques par l'attitude des autorités italiennes à l'égard du Pontife.
Le 7 juillet 1884, la question romaine fut ouvertement posée aux cortès espagnoles, et le ministre Pidal, en réponse à une interpellation du député Castelar, déclara reconnaître les droits du Pape à une souveraineté temporelle. Naturellement le gouvernement italien demanda des explications, et il est probable que l'on mit quelque emplâtre diplomatique sur sa plaie. Mais celle-ci est de telle nature qu'elle ne peut que se rouvrir au moindre heurt,ainsi que le démontre toute rhistoire de ces dernières années.
Comment d'ailleurs pourrait-il en être autrement, quand on voit se produire des faits comme la conversion des biens de la Propagande, cette institution éminemment catholique et internationale, qui est en quelque sorte le bras droit de la Papauté dans l'administration des pays de missions.^ Ces titres n'empêchèrent pas le gouvernement italien d'appliquer à la Propagande la loi spoliatrice de r Italie-Une, qui oblige les institutions ecclésiastiques auxquelles on daigne conserver la vie à convertir tous leurs biens en rente italienne. C'est en vain que l'on recourut aux tribunaux. Une première sentence, rendue le 19 juin 1880, confirmée en appel le 13 novembre de la même année, et sanctionnée par la cour de cassation, toutes sections réunies, le 29 juin 1884, vînt montrer encore une fois que la raison du plus fort est toujours la meilleure. Par cet inique arrêt, la propagation de la foi dans le monde entier se trouvait mise en quelque sorte à la discrétion du misérable gouvernement maçonnique de l'Italie ; la libre disposition des fonds de la Propagande était restreinte dans une large mesure,et son patrimoine, institution universelle par nature, se trouvait lié au sort des tristes finances italiennes, en attendant qu'une nouvelle loi escamotât d'un trait de plume le vil papier qu'on laissait encore entre les mains de la Congrégation.
Le Saint-Père eut beau protester par l'organe des nonces et du cardinal préfet de la Propagande, la spoliation suivit son cours et.