‹ Le pape Léon XIIIChapitre 169 sur 248 · CHAPITRE SEIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEIZIÈME

avec une complaisance qu'on ne rencontre guère dans les Archives de l'Europe. C'est cette mesure qui motiva l'établissement d'un institut historique à Rome, fondé et entretenu par le gouvernement prussien, afin qu'un certain nombre d'étudiants allemands puissent profiter de la façon la plus large des trésors cachés dans les archives vaticanes... La bienveillance à l'égard des savants allemands et l'encouragement accordé à leurs travaux scientifiques sont devenus comme une règle de l'administration des archives. » C'est pour reconnaître ces bons procédés que l'illustre P. Denifle, de Tordre de St- Dominique, sous-archiviste du Saint-Siège fut noQimé membre de l'Académie des sciences de Berlin. Il est sans aucun doute le premier religieux catholique auquel pareil honneur soit échu.

Pour faciliter davantage les travaux des savants, le Saint-Père vient de fonder une bibliothèque de consultation qui, ouverte en octobre 1892, compte déjà 30,000 volumes. Voici sur cette nouvelle institution quelques détails empruntés à une lettre adressée par le baron de Veech à \ Algemeine Zeitung de Munich, en mai 1892.

« Pendant que cette nouvelle Bibliothèque est en train de se former, des personnes très compétentes en la matière sont chargées d'étudier les moyens d'étendre ce programme, en comprenant dans la Bibliothèque les livres d'histoire provinciale et régionale, ce qui serait d'un très grand intérêt, notamment pour l'Allemagne, l'Autriche et la France... Comme les savants du monde entier viennent au Vatican pour y puiser dans les riches trésors qui s'y trouvent amassés depuis des siècles, on a jugé utile d'y multiplier les moyens de faciliter les progrès dans les sciences historiques ; dès lors, si on réussit à réaliser la pensée inspiratrice de cette œuvre nouvelle, il surgira un institut littéraire sans égal, une encyclopédie, qui embrassera la science universelle du monde dans le champ historicolittéraire. . . . Pour ce qui concerne la partie des recherches relatives à l'histoire particulière des divers pays, d'importantes collections sont déjà arrivées à la bibliothèque Vaticane, envoyées par des gouver-

nements, des académies et d'autres corporations et associations scientifiques, et par les administrations des bibliothèques et archives d'Angleterre, de Hongrie, de France, d'Italie, de Belgique, d'Autriche, de Prusse, de Bavière, de Baden, etc. On annonce l'expédition d'ouvrages de la Suède,du Danemark, de l'Alsace-Lorraine, de l'Espagne et des provinces des dits pays. »

Au reste Léon XIII ne se borne pas à faciliter l'accès des archives vaticanes,il travaille aussi au progrès des sciences historiques en faisant publier de précieuses éditions, telles que celle des Regesta Pontificum et l'^ition phototypique du célèbre Codex vaticanus du Nouveau Testament grec ( 1 209), qui reproduit avec une fidélité absolue, due aux derniers perfectionnements de l'art photographique, ce manuscrit d'une si grande importance pour les études bibliques. Le savant abbé basilienCozza-Luzzi, vice-bibliothécaire de la Ste-Église Romaine, a attaché son nom à cette œuvre capitale.

Quelques jours après la publication de sa lettre sur les études historiques, Léon XIII tira d'un événement du passé d'utiles leçons pour le temps présent.

Le 30 août,à l'occasion des fêtes du second centenaire de la libération de Vienne assiégée par les Turcs, il fit ressortir dans une lettre au primat d'Autriche, la grande part qu'avait eue la Papauté à cet heureux événement, et en prit texte pour exalter les bienfaits de la concorde des princes avec l'Église, et pour affirmer la nécessité de repousser, par un effort énergique et unanime des catholiques, l'assaut des ennemis modernes de la religion, pires que les conquérants mahométans d'autrefois : « Puisque, dit-il, ces ennemis abusent des écrits et principalement des écrits quotidiens, pour nuire à l'Église, que les catholiques comprennent combien il importe que, dans cette sorte de combat, la défense ne soit pas inférieure à l'attaque. Parmi les diverses manières de lutter pour la religion, celle qui consiste à réfuter les écrits, à repousser les arguments artificieux des adversaires en les convainquant de fausseté, nous semble

extrêmement digne d'approbatio besoins du temps. >

Mais que peuvent tous les e Dieu? Nul n'est plus persuadé I Léon XIII, et à chaque instant fidèles.

Le I septembre 1883 parut u dire, du fond de son cœur. Il y i la récitation quotidienne du ch; prescription est précédée des cor la dévotion à Marie et sur le seco dévotion, particulièrement dans h les plus critiques de son histoire, la plus tendre confiance en la R et de l'espérance surnaturelle qi tion de l'Église, au milieu des pré suivi à plusieurs reprises de letti

Cette insistance de Léon XII chapelet est une indication qui vrais catholiques. Ne dirait-on ce que la langue ecclésiastiqu supematuralis instinctus, et qu'il que, maintenant comme jadis, l'ï son rosaire ? En tous cas, il est to ce savant, ce politique, ce protec fiance dans la simple récitation du mis en mouvement par sa puissa

Celle-ci continuait néanmoins eût dépendu le salut de l'Église, de front les négociations les plu£

On se rappelle Taccueil peu encourageant qu'avaient reçu les avances faites par Léon XIII au président delà République helvétique dans les premiers jours de son pontificat Sans se laisser décourager par un premier échec, le Pontife rentra dans le silence, épiant le moment d'intervenir à nouveau avec plus de chances de succès.

Cependant la situation religieuse en Suisse était déplorable. L'évêque de Bâle, Mgr Lâchât, et Mgr Mermillod, administrateur apostolique de Genève, vivaient dans Texil.La secte des vieux-catholiques jouissait de toutes les faveurs gouvernementales. Dans plusieurs endroits, on enlevait aux fidèles leurs églises pour les livrer à cette minorité schismatique, à Genève surtout et dans le Jura bernois. Dans le canton si catholique du Tessin, longtemps opprimé par les radicaux, la condition où se trouvait TÉglise était tout à fait anormale.Ce canton dépendait canoniquement des diocèses de Côme et de Milan, mais, depuis 1851, les paroisses appartenant au premier de ces diocèses, et depuis 1857, celles qui appartenaient au second avaient été violemment soustraites à leurs ordinaires respectifs. L'idée d'ériger le Tessin en diocèse séparé avait été mise en avant comme un moyen de régulariser la situation. Mais les radicaux, arrivés au pouvoir en 1860, avaient rejeté hautement ce projet. Lorsque les catholiques les y remplacèrent en 1877, l'idée fut reprise, et n'aboutit pas K

En somme le radicalisme et le protestantisme, maîtres de la Suisse, avaient réduit l'Église à un état très précaire, et les catholiques, découragés et impuissants,renonçaient presque à l'espoir de voir des jours meilleurs. Le gouvernement fédéral, imbu des idées centralisatrices chères aux radicaux de tous les pays, crut le moment venu de tenter un grand coup, au détriment de la religion et de l'autonomie des cantons, en mettant l'enseignement primaire sous la dépendance du pouvoir central. La conséquence de cette disposition législative eût été l'introduction de la neutralité dans l'enseignement

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