‹ Le pape Léon XIIIChapitre 181 sur 248 · CHAPITRE DIX-SKPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-SKPTIÈME

En conséquence de la résolution prise à Berlin, le 2 octobre 1885, le Souverain Pontife recevait de l'empereur d'Allemagne une lettre qui lui offrait d'être arbitre dans le différend hispano-allemand. L'étonnement fut grand dans le monde entier devant cette démarche, qui rappelait les plus beaux jours de la puissance pontificale dans l'ordre des choses politiques ! La catholicité se réjouit de l'hommage rendu à son chef, pendant que les organes des loges, surtout en Italie, cherchaient vainement à diminuer l'importance du fait.

Léon XIII ne crut pas devoir accepter le rôle délicat d'arbitre, mais il consentit* à être médiateur entre les deux puissances. Cette proposition fut agréée par elles, et après un long et consciencieux examen de la question, l'auguste médiateur proposa à leur signature un acte qui reconnaissait le droit antérieur de l'Espagne sur les îles Carolines et assurait aux sujets de l'empire germanique une protection et des avantages particuliers. Cet acte fut signé le 13 décembre, dans les appartements du cardinal secrétaire d'État au Vatican, par les plénipotentiaires espagnols et allemands. L'empereur d'Allemagne s'empressa de témoigner au Pape sa reconnaissance pour l'heureux effet de sa médiation. En outre il lui fît don d'une magnifique croix pectorale, accompagnée d'une lettre autographe, qui furent remises au Saint- Père en avril 1886. Le cardinal Jacobini était en même temps décoré de l'ordre de l'Aigle noir, le plus élevé des ordres prussiens. De son côté Léon XI IP adressa au prince de Bismarck les insignes de l'ordre du Christ en diamants avec la lettre suivante :

Léon XIII, pape, à Son Altesse sérénissime le prince Othon Bismarck, salut.

Le différend qui avait surgi au sujet des lies Carolines, ayant été heureusement terminé aux conditions que Nous avons proposées, Nous en avons exprimé Notre joie à Sa Majesté l'Empereur allemand, et Nous voulons aujourd'hui renouveler à Votre Altesse l'expression du même sentiment ; car c'est sur sa proposition que la solution de ce conflit Nous a été soumise. Nous aimons à reconnaître, conformément à la vérité, que c'est, en grande partie, grâce à votre zèle constant, que les difficultés que présentait le règlement de cette affaire ont pu être écartées ; car depuis le

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commencement jusqu'à la fin, vous n'avez cessé de seconder Nos efforts en entrant dans Nos vues. Aussi venons-Nous vous témoigner Notre reconnaissance de ce que vous avez puissamment contribué à Nous fournir une occasion des plus favorables d'exercer un si haut ministère dans l'intérêt de la concorde. L'histoire, il est vrai, nous apprend que cette tâche n'est pas nouvelle pour le Saint-Siège, mais il y a longtemps qu'elle ne lui avait pas été proposée, bien qu'il ne soit guère de fonction plus conforme à l'esprit et à la nature du pontificat romain.

Libre de toutes préventions, vous avez jugé la situation plutôt d'après la vérité que d'après les opinions et les inclinations d'autrui, et vous n'avez pas hésité à placer votre confiance en Notre impartialité. En agissant ainsi, vous avez obtenu l'approbation de tous les hommes dont la pensée n'est pas dominée par leurs préjugés — surtout celle des catholiques du monde entier, que l'honneur fait à leur père, à leur premier pasteur, devait vivement toucher. Votre sagacité politique a certainement — le monde entier le reconnaît — beaucoup contribué à la création du grand et puissant empire allemand, et il est naturel que la solidité, la prospérité de cet empire, basées sur la force et un bien-être durable, soient le premier objet de vos efforts ; mais il ne peut avoir nullement échappé à votre perspicacité de combien de moyens dispose le pouvoir dont Nous sommes revêtu, pour le maintien de l'ordre politique et social, surtout si ce pouvoir jouit, sans entraves, de toute sa liberté d'action. Permettez-Nous donc de devancer en esprit les événements, et de regarder -ce qui a été fait comme un gage de ce qu'amènera l'avenir. Afin que vous possédiez dès à présent un témoignage de Nos sentiments. Nous vous nommons chevalier de l'ordre du Christ, dont les insignes vous seront remis avec cette lettre.

Fait à Rome, près de Saint-Pierre, le 31 décembre 1885, dans la huitième année

de Notre Pontificat.

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