CHAPITRE DIX-SEPTIÈME
tions modernes, elle favorise tout ce qui peut développer les sciences, où elle reconnaît comme le reflet de l'intelligence divine. - Ces vérités étant de plus en plus méconnues, il importe que les catholiques sachent quels sont leurs devoirs concernant cet ordre de choses. Qu'ils adhèrent donc fermement aux jugements du Saint- Siège touchant les libertés modernes dont les fruits mauvais se montrent à tousles yeux. Sans doute une société où l'on poursuivrait tyranniquement le nom chrétien serait moins tolérable qu'un gouvernement fondé sur ces libertés; < cependant les principes sur lesquels repose un tel gouvernement sont tels, que nul ne peut les approuver en eux-mêmes. J> Que chacun, dans la vie privée, accomplisse avec courage les préceptes évangéliques et ecclésiastiques, qu'il aime et défende l'Église, qu'il la fasse aimer et honorer par ses inférieurs. Il importe en outre au salut public que les catholiques participent à l'administration des communes, notamment pour seconder l'éducation chrétienne de la jeunesse. En règle générale, il sera utile aussi que les catholiques prennent part au gouvernement de toute la nation, non pour y approuver ce qui s'y trouve de contraire au bien, mais pour le diriger dans un bon sens et y infuser le sang vivifiant de la sagesse et de la vertu chrétienne. Ainsi agissaient les premiers chrétiens, et leurs exemples doivent être imités dans les temps actuels. Enfants fidèles et dévoués de l'Église, les catholiques doivent se servir des institutions des divers peuples au profil de la vérité et de la justice, en s'efforçant de les rendre conformes aux principes de la société chrétienne. Dans ce but il faut prendre pour règle les enseignements du Saint-Siège, obéir aux évêques, défendre sans atténuation ni faiblesse la doctrine catholique et se rappeler que l'on ne peut révérer l'autorité de l'Église dans la vie privée et la rejeter dans la vie publique. Sans doute il est permis de discuter sur les questions purement politiques, sur la meilleure forme de gouvernement, etc., mais il ne l'est pas d'incriminer les intentions ou la foi de catholiques fidèles et soumis,
parce qu'ils auraient en ces matières une opinion différente de la nôtre. Cest surtout aux journalistes d'avoir ces enseignements devant les yeux. Que tous les catholiques fassent donc abstraction de Tesprit de parti ; qu'ils oublient leurs dissensions intestines et qu'ils travaillent de commun accord pour le bien de l'Église et de la société civile.
L'encyclique Immortale Dei tout en exposant des principes que Léon XIII s'efforce en toute occasion d'inculquer aux catholiques des différentes nations et de faire passer dans le domaine des faits, faisait magistralement ressortir l'heureuse influence exercée par l'Église sur la société civile pour le bonheur des peuples. Un événement aussi inattendu qu'honorable pour Léon XI 1 1 et glorieux pour l'Église allait mettre cette vérité en lumière d'une façon saisissante.
Qui aurait cru, alors que les amendes, les arrêts d'internement, d'emprisonnement, de proscription pleuvaient sur le clergé et les évêques allemands, parce qu'ils se refusaient à obéir à des lois uniquement destinées à détruire le prestige du Saint-Siège apostolique en Allemagne, qui aurait cru que le chef de l'empire protestant en appellerait à la haute sagesse du chef de l'Église catholique, dans le but d'apaiser une querelle internationale ? C'est cependant ce qui arriva en l'année 1885. Les Allemands avaient pris possession des • îles Carolines, dont l'Espagne revendiquait la propriété. Cet affront avait profondément irrité la nation espagnole. A Madrid, l'écusson allemand avait été brûlé sur la place publique. La situation devenait grave, trop. grave, en vérité, quand on la compare à l'objet de la querelle. Ce fut alors que le cabinet de Berlin proposa de soumettre le litige à l'arbitrage de Léon XIII. On a voulu attribuer le choix du Pape comme arbitre à un malentendu né d'une fausse dépêche ; mais cette puérile invention n'a trouvé pour la croire que quelques badauds. Le fait reste acquis à l'histoire, dans toute sa valeur, à la gloire de l'Église et à l'honneur de l'Allemagne.