‹ Le pape Léon XIIIChapitre 183 sur 248 · CHAPITRE DIX-SEPTIËUE · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-SEPTIËUE

embourbé dans cette piteuse affaire des CaroHnes. 11 fut ahuri par la bourrasque espagnole. Tous ses calculs, combinés à frotd, étaient donc renversés par cette explosion tropicale. Pas un instant il ne pouvait songer à cette énormilé grotesque, de faire la guerre à l' Esp^ne pour la question des Carolines. Et pourtant l'Espagne tout entière était debout, regardant en face ce géant, alors sur pied lui Sif

aussi, et à qui elle préparait son premier échec. C'est alors que, dans le cerveau de ce pachyderme machiavélique qui ne pouvait ni reculer ni avancer, jaillit une idée archaïque qui provoqua la surprise du monde ; et, avec une véritable ironie d'éléphant, le prince de Bismarck offrit à Léon XIII d'être l'arbitre entre l'Espagne et l'Allemagne. C'est alors aussi qu'on vit filtrer au dehors l'atome

de faiblesse qui fermente dans l'esprit condescendant de Léon XIII; c'est alors qu'on vit le Pape, magnifiant la tâche qui lui était confiée, rêver la renaissance de l'arbitrage papal. Et la taille grandissante du Pontife, se profila solennellement sur cette minuscule solution. >

Comparer le prince de Bismarck à un < pachyderme, plein de machiavélisme et d'ironie» est sans doute fort joli. Mais on se demande pourquoi M. de Blowitz trouve que Léon XIII a trahi son côté faible en exaltant le triomphe moral que cet incident valait à la papauté. Opposons à M. de Blowitz un écrivain peu suspect de sympathie pour Léon XIII, le professeur Heinrîch Geffcken ^ D'après lui, le Pape aurait eu tort d'accepter de trancher un différend sur lequel il devait avoir une opinion formée d'avance, mais cela ne l'empêche pas de faire ressortir la grande importance qu'avait le fait de la médiation, au point de vue des principes engagés et des conséquences qui devaient en découler.

< De la part du chancelier, dit le professeur allemand, l'appel à la médiation de la Curie était encore plus mal avisé, parce qu'il fortifiait les prétentions ultramontaines. Naguère, le chef du parti du Centre, M. Windthorst, avait déclaré dans une assemblée publique que c'était le Pape qui gouvernait le monde. Bismarck, en recourant à la médiation du Pontife, appuya de fait cette prétention, lui qui jadis s'était écrié que le Pape mettait en péril le salut de son âme, et qui l'avait traité comme l'égal du patriarche arménien ! Les masses catholiques durent en conclure que le grand chancelier lui-même ne pouvait pas se passer du concours du Saint-Père, et cette manière de voir fut confirmée par la lettre de Léon XIII accompagnant l'envoi de l'Ordre du Christ en diamants au chancelier. Conçue dans les termes les plus flatteurs, elle lui rappela pourtant que sa force dépendait de la coopération de l'Église catholique, dont Tinfluence pour le maintien de l'ordre ne pourrait bien se développer que lorsqu'elle serait vraiment libre. Le résultat fut

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