‹ Le pape Léon XIIIChapitre 239 sur 248 · CHAPITRE VINGT-QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-QUATRIÈME

de renseignement, et des religions, comme autant de droits que l'homme aurait de par sa nature... .Cependant de telles libertés peuvent être tolérées pour de justes causes à la condition qu'elles ne dégénèrent pas en licence. Et là où les usages ont mis ces libertés en vigueur, les citoyens doivent s'en servir pour faire le bien, tout en les jugeant comme les juge TÉglise.

€ Quand on se trouve ou quand on est menacé de se trouver sous une domination tyrannique qui opprime la nation ou enchaîne r Église, il est permis de chercher une organisation politique sous laquelle il soit possible d'agir avec liberté. > Dans ce cas, ce que Ton poursuit ce n'est pas une liberté sans frein, mais l'amélioration au profit de tous d'une situation mauvaise, afin que le bien ne soit pas seul exclu de la liberté laissée au mal.

« De même il n'est pas défendu de préférer pour l'État des constitutions qui fassent la part de l'élément démocratique," à condition toutefois qu'on observe la doctrine catholique sur l'origine et l'exercice du pouvoir. L'Église ne réprouve aucune forme de gouvernement, du moment qu'elle est apte à procurer le bien de la nation, mais elle veut,et la nature s'accorde avec elle pour rexîger,que leur établissement ne viole le droit de personne et respecte ceux de l'Église. »

Sauf des circonstances spéciales, il est louable de prendre part à la gestion des affaires publiques, et l'Église désire que les citoyens se dévouent au bien général chacun selon son pouvoir.

« L'Église ne blâme pas non plus que l'on veuille affranchir son pays de toute domination étrangère ou despotique, pourvu que cela puisse se faire sans violer la justice. » Elle ne condamne pas davantage la liberté des communes, ni les facilités accordées aux citoyens pour l'accroissement de leur bien-être.

Le Pape, en terminant, demande à Dieu d'accorder aux hommes la lumière de son conseil, afin « qu'en des matières si importantes, ils puissent connaître la vérité, et y conformer avec une inébranlable constance, leur conduite privée et leur vie publique. :^

538 LK PAPE LâON XIII.

Cette substantielle encyclique, qui est un traité complet De libertate, se prête mal à un résumé. L'enchaînement de ses déductions est tel qu'il est impossible d'en rien détacher sans nuire à l'ensemble, et nous avons dû, dans cette analyse, suivre pas à pas les développements logiques de l'enseignement donné par le Pape. L'histoire de Léon XIII ne se comprendrait pas sans l'exposition de ses doctrines, et pour apprécier sainement son rôle extérieur, il est indispensable de se bien pénétrer de ses idées: voilà pourquoi nous faisons une si large place aux paroles du Pontife: ne sont-ce pas d'ailleurs à tous les points de vue des Actes?

Notre siècle, qui a tant parlé de la liberté, et qui Ta si peu comprise et pratiquée, n'a pu, sans s'étonner et sans admirer, voir le Pape aborder ce sujet. Les journaux hostiles eux-mêmes se sont inclinés devant tant de sagesse et tant de sérénité.

Nulle part plus qu'en Angleterre, pays classique de la liberté civile, l'encyclique n'excita l'intérêt. Voici comment s'exprimait à ce propos une des revues protestantes les plus sérieuses, la Saturday Review:i^xi lisant avec attention ce long document, on n'y découvre pas une seule idée qui ne puisse être accueillie par tous les chrétiens sincères. L'encyclique montre très clairement que quiconque croit en Jésus-Christ et accepte sa loi avec un cœur sincère, ne peut coopérer aux desseins de ceux qui voudraient bannir toute influence religieuse de la vie civile des nations... Quand nous songeons à la vaste influence de l'Église catholique et à l'obéissance avec laquelle sa nombreuse hiérarchie suit les instructions de son chef suprême, nous pouvons en conclure que les paroles du pape Léon XIII, si fermes et si logiques, seront comprises et produiront d'heureux résultats dans la multitude des fldèles. En un temps où la foi est si cruellement éprouvée, il est consolant de lire cette encyclique pleine de dignité, et de constater qu-'elle ne contient pas une parole d'amertume et de reproche, pas une trace de fanatisme ou d'étroitesse d'idées. Cette voix courageuse qui s'élève au milieu des désordres

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