CHAPITRE VINGT-QUATRIÈME
régnants et rappelle aux chrétiens leur devoir, avec fermeté mais avec douceur, cette voix auguste impose le respect et, espérons-le, elle obtiendra aussi lobéissance. >
Ces paroles, réellement étonnantes sous la plume d'un protestant, montrent qu'au sein de Tanglicanisme, il y a des âmes droites qui accueillent avec joie la lumière quand ses rayons viennent à frapper leurs yeux.
Nous croyons devoir rapprocher de Tencyclique sur la liberté, celle que Léon XIII adressa, le lo janvier 1890, aux évêques du monde catholique, sur les principaux devoirs des chrétiens et qui commence par ces mots: Sapientiae christianae. Elle complète l'encyclique sur la liberté et forme avec elle un ensemble de doctrines des plus importants pour tous les fidèles.
Avant d'entrer en matière, Léon XIII se livre à des considérations élevées sur les préceptes de la sagesse chrétienne et la nécessité d'y conformer la vie, les mœurs et les institutions des peuples.
On a fait de grands progrès dans l'ordre matériel, mais la nature visible, avec tout ce qu'elle contient de richesses et de forces, si elle peut adoucir la vie, n'est pas capable de rassasier l'âme qui est faite pour de plus grandes choses. Suprême vérité. Dieu seul satisfait l'intelligence créée pour la vérité.
<L Cela doit s'entendre de la société domestique et civile comme de l'individu. » Là société est faite pour fournir à l'homme les moyens de parvenir à sa perfection, et non pour que l'homme mette sa fin 1
dans la société.Aussi un État qui n'aurait en vue que la civilisation 1
et la richesse, sans égard à Dieu et aux lois morales, s'écarterait-il complètement de sa mission naturelle. I
Malheureusement les biens spirituels, dont la vraie religion a la sauvegarde, s'effacent de jour en jour dans l'oubli et le dégoût des hommes. Il semble que les choses de l'âme décroissent à mesure que progressent les biens du corps. Les trop fréquentes injures faites au
nom chrétien témoignent d*un grand affaîblîssement de la foî ; € un sîècle religieux ne les eût jamais tolérées. » De là danger de perte éternelle pour un grand nombre, mais aussi danger de ruine pour les États qui voient s'écrouler, avec les institutions et les mœurs chrétiennes, les plus fermes fondements de la société humaine. Il ne leur reste, pour maintenir Tordre, que la force, bien faible sans la religion, et qui, plus apte à produire la servitude que l'obéissance, porte en elle le germe de troubles plus grands. « Ce siècle a vu de cruels événements, et il n'est pas certain qu'il n'en reverra pas de semblables. > Il est donc temps de chercher le remède là où on peut le trouver, < c'est-à-dire de restaurer, dans la vie privée et dans la vie publique, la manière chrétienne de penser et d'agir >. C'est pourquoi le Saint- Père se propose d'exposer en détail les devoirs des catholiques.
Soumis à l'Église comme des fils à leur mère, et membres d'une société sainte que gouverne le Pontife romain sous son chef invisible Jésus-Christ, les catholiques sont astreints à de plus grands devoirs que les infidèles et les non-catholiques.
Si la nature nous fait une obligation d'aimer et de défendre jusqu'à la mort la société à laquelle nous appartenons par la naissance,la même obligation existe à plus forte raison pour les chrétiens à l'égard de l'Église, cité du Dieu vivant, fondée par lui et pour lui. « Il faut donc aimer la patrie qui nous a donné la vie mortelle, mais plus encore l'Église, à laquelle nous devons une vie qui durera toujours. > Les biens de l'âme sont en effet plus précieux que ceux du corps, les devoirs envers Dieu plus sacrés que les devoirs envers les hommes. Au reste l'un et l'autre amour proviennent d'un même principe qui est Dieu, et il n'y a pas contradiction entre les devoirs qu'ils nous imposent.
Il peut cependant se rencontrer des cas où la hiérarchie des devoirs se trouve renversée. Parfois la société semble exiger une chose du citoyen, et la religion en imposer une autre au chrétien.