‹ Le pape Léon XIIIChapitre 37 sur 248 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

tîon de Mgr Peccî à Pérouse. On y reconnaUra en même temps que sa grande activité, la largeur de ses vues et le soin éclairé qu* il prenait des intérêts du peuple, même sous des formes encore peu connues et peu pratiquées alors. Un de ses premiers soins fut de concentrer les divers tribunaux du chef-lieu dans un seul palais, afin de faciliter ainsi la prompte administration de la justice. Il visita personnellement toute sa province et procéda à la réorganisation des municipalités qui laissaient à désirer. Il s'intéressa vivement à la création d*une caisse d'épargne à Pérouse,et prit rang parmi les membres fondateurs qui en souscrivirent le premier capital. Quand Mgr Pecci quitta Pérouse, le comte Conestabile délie Staffa lui adressa, au nom du Magistrat, par lettre du i6 février 1843, l'expression de la « vive et sincère reconnaissance de la ville » pour ce qu'il avait fait en faveur de la caisse d'épargne, « dont la fondation, qui a eu Votre Excellence pour principal auteur et a été facilitée par sa sollicitude, constitue un bienfait des plus considérables pour cette cité..> Il est intéressant de voir le futur pape montrer, dès 1843, tant d'intérêt pour une œuvre dont l'immense avantage social n'a guère été bien compris que dans ces dernières années. Au reste le délégat avait l'œil à tout. L'instruction publique n'échappa point à sa sollicitude : le collège Rosi de Spello lui dut une transformation économique et disciplinaire des plus heureuses. La bonne administration du délégat dans toutes les branches du gouvernement porta ses fruits. Le peuple était heureux, la sécurité régnait partout ; et l'on cite ce fait extraordinaire que, pendant plusieurs jours, les prisons restèrent entièrement vides, faute de délinquants. Belle récompense des peines et des travaux que s'imposait pour le bien public un administrateur consciencieux !

En lisant le récit de ce que Mgr Pecci fit pendant ses délégations à.Bénévent et à Pérouse, on pressent qu'il y avait en lui l'étoffe d'un chef d'État Certes, s'il lui avait été donné de monter au trône pontifical dans un temps normal, s'il avait pu entrer en possession

de l'autorité temporelle à laquelle il a droit, il eût fait le bonheur de ses sujets. La Providence ne donnera-t-elle donc pas au monde le spectacle de ce grand Pape- Roi dans l'exercice effectif de son autorité royale ?

(1843-1846.) Mgr Pecct est nommé nonce à Bruxelles. — Cona^cratlon éplscopale. — Arrivée en Belgique. — État de ce pays. — Rapports du nonce avec le roi et la famille royale. — Frédéric- Xavier de Mérode. — Activité religieuse du nonce. — Ses impressions sur la Belgique. — L'Université de Louvaln. — Le collège belge de Home. — Loi sur les jurys d'examen et application de la loi de 1842 sur l'enseignement primaire. — Le schisme de Honge. ~ Réforme des ordres religieux. — Différend entre l'Université de Louvaln' et la collège de la Paix à Namur. — Fin de la nonciature de Mgr Pecol. — Hxamen de quelques questions soulevées A propos de celte nonciature. — Départ de Belgique et arrivée en Italie.

J'AUTEUR de ces lignes éprouve une joie particulière, en sa qualité de Belge, à retracer l'histoire de : la nonciature de Mgr Pecci, et à constater l'influence ; que son séjour en Belgique exerça sur l'esprit de ; celui qui devait être un jour Léon XIII. En vivant parmi les Belges, Joachim Peccî s'attacha à leur pays de toute l'affection de son grand cœur, et depuis lors la Belgique a été pour lui comme une seconde patrie. La suite de ce chapitre montrera d'autre part, que son intelligence y trouva ample matière à études et à observations. Sous le double rapport du cœur et de l'esprit, Mgr Pecci devait emporter de Belgique des impressions qui, on peut îe dire, se reflétèrent sur la suite de sa vie, et dont on retrouverait peut-être la trace jusque dans plusieurs actes du pontificat de Léon XIII. II y a là pour les Belges un motif de juste fierté, un motif aussi d'amour tout spécial pour le Pontife qui fut leur hôte et est demeuré leur ami. Mgr Pecci reçut, au commencement de janvier 1843, sa nomination à la nonciature de Bruxelles. Ce fut pour lui une surprise, A la première impression troublante et confuse, dont il fait part à son frère dans une lettre du 1 2 janvier, se mêlait le touchant regret du bonheur qu'eussent éprouvé ses parents, s'iis avaient pu assister

à la soudaine élévation de leur fils tant aimé. « Oh ! si nos excellents parents étaient encore en vie !... Je ne puis y penser sans me sentir intérieurement déchirer le cœur. »

Au cardinal Bussi, archevêque de Bénévent, Mgr Peccî écrivait à cette même date : « Cette destination, quoique très honorable et pour d'autres très désirable, me cause de la préoccupation, connaissant mon insuffisance en présence des nombreux devoirs qu'elle m'impose. Mon départ ne sera donc pas de la présomption, mais un acte de filiale obéissance au souverain pasteur et de résignation aux secrètes volontés du Ciel. » Avec de pareils sentiments, Joachim Pecci pouvait comprendre et accepter, sans s'en offenser, les paroles que lui écrivait, le 23 janvier 1843, une de ses tantes, la Mère Thérèse Chérubine de Jésus, abbesse du monastère de Cori : « Oh ! combien de grâces répand le Seigneur sur votre personne ! Oh ! que de bienfaits! Plus les bienfaits de Dieu sont grands et plus doit être grande votre reconnaissance envers lui. Rapportez donc tous ces honneurs à Dieu, car c'est à lui seul que toute la gloire est due ; sans son aide nous ne pouvons rien, et en sa présence nous ne sommes rien. Ne vous enorgueillissez pas des honneurs du monde, car ils disparaissent comme une fumée, mais faites toutes choses avec une intention droite et pour la gloire de Dieu ; aimez-le et servez-le de tout cœur parce qu'il le mérite, et en même temps dans votre propre intérêt, parce que de la sorte vous vous ferez un grand trésor pour la vie étemelle. »

Le nouveau nonce avait d'ailleurs plus besoin d'être porté à la confiance, qu'exhorté à l'humilité. Toutes ses lettres de cette époque respirent une sorte de découragement Le 26 janvier, il écrivait à Mgr d'Andréa, nonce en Suisse : « Me voici donc votre compagnon dans la glorieuse arène de la religion. Mais avec quelles espérances ? Avec quelles forces pour donner appui à ces espérances .^J'aime mieux chasser une pensée qui me trouble, dans la confiance que Celui qui a commencé l'œuvre daignera l'accomplir,

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