CHAPITRE TROISIÈME
car je n'ai rien à attendre que de Lui. » Les mots Lui et Celui sont deux fois soulignés dans Toriginal comme pour mieux marquer sur quel secours comptait Joachim Pecci, au milieu des inquiétudes que lui inspirait sa défiance de ses propres forces.
Le Père M. de jÉsus-Crucifié, passioniste, pénétrait à merveille Tâme du nouveau nonce, lorsqu'il lui écrivait de Todi, le 7 février 1843, ces paroles qui ont quelque chose de prophétique: « Mon très vénéré Seigneur, vous aurez du courage, et un grand courage, et vous en concevrez toujours davantage, en l'établissant sur la confiance en Dieu et la défiance de vous-même. Courage ! Dieu vous a destiné à de grandes choses ; courage, confiance et crainte : crainte de vous-même, confiance en Dieu ! » Mgr Pecci, le 13 février, répond avec effusion au bon religieux : « Votre affectueuse lettre m'est parvenue d'une façon vraiment opportune. La très honorable nomination qui vient de m'être conférée par la clémence souveraine est de telle nature, que je ne puis m'empêcher de reconnaître mes pauvres forces tout à fait inférieures aux devoirs qui en dérivent pour moi, ni par conséquent de me préparer à ma mission avec une grande crainte. Aussi les lettres d'encouragement et qui tendent à m'inspirer confiance me sont extrêmement chères, parce que j'en sens davantage le besoin. De ce genre est la vôtre, et c'est pourquoi je vous en remercie de tout cœur... Je vous supplie de me recommander au Seigneur dans vos prières afin que, n'ayant pas égard à mon indignité mais au bien de T Église, il daigne m'assister, par sa divine grâce, dans la difficile carrière que je vais entreprendre. >
Ces lettres où tant d'humilité se mêle à tant de piété, seront peutêtre de nature à étonner ceux qui se figurent — il s'en trouve même parmi les catholiques — qu'un nonce du pape est une sorte de diplomate mondain, revêtu d'une soutane et ne rêvant que succès et avancement.
Joachim Pecci ne se bornait pas d'ailleurs à' prier et à trembler,
il prenait aussi les moyens humains propres à le soutenir dans l'accomplissement de sa mission. Parmi les moyens que suggère la prudence, il n'en est pas de plus efficace que le conseil ; or quel «
Mgr Fornart,
meilleur guide Mgr Pecci eut-il pu désirer que son prédécesseur à Bruxelles, Mgr Fornari, alors nonce à Paris, et dont il avait été l'élève à l'Académie ecclésiastique? « Je saluerai de votre part, écrivait-il à Mgr d'Andréa dans la lettre déjà citée, notre commun maître