CHAPITRE TROISIÈME
plètement le français lors de sa nomination. Mais avec Ténergie de sa volonté de fer, il se mit à Tétude de cette langue dont la connaissance lui était indispensable : il ne fit pas autre chose le long du chemin, et ayant été retenu à Ntmes pendant une quinzaine de jours par une indisposition, il en profita pour se faire donner des leçons de français. Quand il arriva à Bruxelles, il possédait suffisamment cette langue pour se faire comprendre.
Chose tout à fait en dehors, croyons-nous, des usages de la cour de Rome, Mgr Pecci était muni d'un bref de Grégoire XVI qui Taccréditait en quelque sorte auprès de Tépiscopat belge : ce bref, adressé au cardinal Sterckx et à ses suffragants, disait :
€ Avec ces lettres se présentera à vous Notre vénérable frère Joachim, Archevêque de Damiette, Notre nonce et celui de ce St-Siège. Nous vous le recommandons avec instance, à vous, très cher fils, et à Nos vénérables frères. Dans toutes les affaires qu'il traitera avec vous en Notre nom, vous lui prêterez la même foi que vous Nous prêteriez à Nous-même, si Nous parlions en votre présence ; et, avec le dévouement et le respect que vous portez au Siège Apostolique, vous l'assisterez partout où il aura besoin dé. votre conseil et de votre aide pour accomplir avec succès le très grave ministère dont il est chargé. Vous trouverez en lui un homme remarquable par sa piété, son intégrité, sa prudence et les qualités de son esprit ; aussi Nous ne doutons pas qu'il ne se concilie votre particulière bienveillance. Nous nous souviendrons de tous vos
bons offices à son égard et Nous en serons reconnaissant comme
s'ils Nous avaient été rendus à Nous-mêmes. »
La mission de Mgr Pecci faillit prendre fin d'une façon tragique avant même qu'il ne fût installé. Le nouveau nonce, qui n'avait pas encore présenté ses lettres de créances au roi, se rendait de Malines, où il avait été visiter le cardinal Sterckx, à Bruxelles, le long du canal de Vilvorde. Non loin de cette dernière ville, les chevaux de sa voiture, laissés à eux-mêmes par le cocher, s'emportèrent au
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moment de franchir un pont, et ils étaient sur le point de se précipiter avec la voiture dans le canal, lorsqu'un vicaire d'une paroisse des environs se jeta courageusement à la tête des animaux effrayés, les arrêta, et empêcha une catastrophe dont les conséquences eussent été d'une suprême importance pour l'histoire de l'Église, Le nonce, quelque peu impressionné de cet accident, comme on se l'imagine sans peine, accepta pour quelques heures l'hospitalité à la cure voisine, puis, ne voulant plus remonter en voiture, il gagna Bruxelles à pied, en bon marcheur qu'il était
Mgr Fornari, en apprenant le péril qu'avait couru son ami, lui écrivit tout ému : € Mais quelles nouvelles me donnez-vous là. Monseigneur ? Je ne me serais jamais attendu au triste récit que vous me faites dans votre chère lettre du 25. Certes le Seigneur vous a protégé dans ce moment terrible, car les chevaux auraient pu facilement manquer l'entrée du pont ou se heurter contre la rampe, et l'un n'eût pas valu mieux que l'autre. > Puis avec une touchante sollicitude, le nonce de Paris s'informe des détails de l'accident et blâme doucement son ami € de s'être exposé à la fratcheur de la nuit, qui dut être bien humide le long de ce canal. >
Tout est bien qui finit bien. La mésaventure n'eut point d'autres suites, et Mgr Pecci put présenter ses lettres de créances à Léopold I^^, qui ne manqua pas de le plaisanter agréablement sur son accident et son entrée pédestre à Bruxelles.
Le jeune nonce, à peine âgé de trente-trois ans, se trouva jeté sur un théâtre bien intéressant pour son esprit observateur.
Le pays où il arrivait était très différent de l'Italie qu'il venait de quitter ; un seul point peut-être rapprochait les deux peuples : c'était leur commune foi, leur esprit vraiment chrétien et la pratique universelle de la religion catholique. A part cela, tout était autre ici et là. Sans parler du climat et des mœurs, la situation politique, économique, sociale différait du tout au tout. En Italie régnaient encore les vieilles traditions gouvernementales, les vieilles pratiques