‹ Le pape Léon XIIIChapitre 46 sur 248 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

commerciales et industrielles. En Belgique, tout était dans une période d'effervescence et de reconstitution. Fière de son indépendance reconquise, la Belgique s'engageait avec une sorte d'exubérance juvénile dans cette voie d'activité inouïe où elle a marché depuis lors.

Cette activité s'exerçait dans Tordre matériel par le développement des chemins de fer et de l'industrie ; dans l'ordre moral et religieux, par une efflorescence magnifique de toutes les œuvres catholiques et spécialement de celles qui concernent l'instruction. L'Université de Louvain annonçait déjà ce qu'elle serait un jour : la plus grande institution scientifique que notre époque ait vue s'élever par les mains des catholiques.

La Belgique présentait dans son ensemble l'aspect d'un peuple riche, intelligent, laborieux, et de plus sincèrement attaché à la religion de ses pères. Nous ne dirons pas que les catholiques furent toujours exempts d'illusions et qu'ils ne s'enivrèrent pas un peu trop du souffle de liberté qui passait sur l'Europe. Nous ne dirons pas non plus qu'on n'eût pu dès lors signaler à l'horizon des points gros de menaces. Les loges s'agitaient déjà dans l'ombre ; sous un masqué d'hypocrite respect pour la religion, leurs chefs séduisaient déjà les imprévoyants et affaiblissaient le tempérament catholique du pays. L'esprit dont étaient animés certains chefs libéraux, pouvait déjà faire prévoir le programme sectaire du congrès de 1846, programme que le parti mit une rare persévérance à réaliser de point en point jusqu'au couronnement qu'il crut lui donner en 1879 par la loi scolaire. Mais il n'en est pas moins vrai que ces graves sujets de crainte disparaissaient en quelque sorte dans l'aspect consolant qu'offrait l'ensemble de la situation, même sous le rapport politique, surtout après le vote par les deux partis de la loi de 1842 sur l'instruction primaire, loi qui faisait espérer les plus heureux résultats pour l'avenir religieux du pays.

Cette situation favorable était ainsi décrite par le cardinal Lambruschini dans les instructions données au nouveau nonce, avec ce

tact et ce sens élevé des choses qui a toujours été le propre de la diplomatie romaine : i La religion catholique et l'exercice de l'autorité épîscopale jouissent en Belgique, par !a divine miséricorde, 9t— — «

d'une liberté dont on ne manque que trop en divers autres royaumes. C'est le strict devoir du nonce apostolique de protéger cette liberté. Pour atteindre ce but, il ne faut pas que le nonce se montre animé d'un zèle indiscret et beaucoup moins encore d'un esprit quelconque

Page 1