CHAPITRE TROISIÈME
donné des lettres très fortes pour les autres évêques de Belgique. » Voici en quels termes Mgr Pecci faisait dans ces lettres l'éloge de l'œuvre de la Sainte-Enfance : « Il suffit de la connaître, pour qu elle inspire par elle-même le plus grand intérêt.... Je m'estime heureux de contribuer à ce qu elle reçoive tout le développement possible, pour atteindre le but noble et généreux qu'elle se propose. * »
On nous saura gré d'interrompre le récit des événements qui signalèrent la nonciature de Mgr Pecci pour faire connaître ses impressions sur la Belgique, d'après les lettres familières qu'il adressait aux siens.
Le prélat italien ne se faisait pas au climat. Sa santé en souffrait Le 13 août 1843, il écrivait : € La fraîcheur et la variabilité de la température demandent de grandes précautions ; pendant les mois de juin et de juillet, nous avons eu à Bruxelles des journées si rigides qu'elles ne différaient point du plus mauvais novembre de Rome. > Le 25 septembre, il dit que sa santé est loin d'être parfaite : « L'hiver prochain, ajoute-t-il, sera la pierre de touche, car ici l'hiver est, comme vous le savez, très rigoureux et très humide. Il est vrai que les maisons sont si bien* aménagées qu'on peut se préserver complètement du froid. Les portes et les fenêtres sont travaillées avec tant de précision qu'un fil d'air n'y peut pénétrer, et tous les planchers, y compris ceux des escaliers, sont en bois. > Le nonce décrit ensuite les poêles et calorifères, instruments inutiles sous le ciel clément de l'Italie.
La ville de Bruxelles lui semble belle et agréable avec ses monuments gothiques et ses constructions plus modernes, tels que le théâtre de la Monnaie, qui « imitent par leurs portiques et leurs colonnes les anciens édifices grecs et romains et offrent un aspect imposant >. Il note au passage ^ les candélabres en fer fondu qui soutiennent
I. Voy. Vie de Mgr Forbin-Janson^ par le R. P. Philpin de Rivière, chap. IV.
des lanternes pour Téclaîrage nocturne au gaz », grande nouveauté à cette époque. Les campagnes, € quoique un peu monotones à cause de la configuration du sol parfaitement plat >, lui semblent néanmoins pittoresques et très fertiles. Il s'étend sur le développement industriel de la Belgique et notamment sur les chemins de fer, encore inconnus à cette époque en Italie et dans la plupart des pays de l'Europe. « L'industrie et le commerce de la Belgique, écrit-il, sont portés au plus haut point, et Bruxelles, placée à mi-chemin de Londres et de Paris, représente bien par son mouvement commercial ces deux grandes capitales du monde. La chose est due principalement aux moyens grandioses de communication, et en particulier aux chemins àe fer qui traversent le royaume dans tous les sens et transportent, avec une rapidité extraordinaire, d'imposantes masses d'hommes et de marchandises. Ces chemins de fer (chose digne de remarque) s'établissent en Belgique avec une extrême facilité, tant est grande l'abondance du fer que produisent les mines de ces pays-ci, et tant les Belges sont industrieux et persévérants dans les plus durs travaux; .... A l'occasion de l'inauguration du chemin de fer de Namur, j'ai voulu accompagner LL. MM. le roi et la reine; car il est d'usage qu'on fasse des fêtes en de telles circonstances et qu'on y invite la famille royale et le corps diplomatique. Rien de plus agréable que ces courses, pendant lesquelles on fait plus de vingt milles à l'heure. Au retour, nous arrivâmes en trois heures et demie de Namur à Bruxelles, parcourant une distance d'environ soixantequatre milles. Les plus riantes perspectives, villas, maisons de campagne, villages fuyaient à notre droite et à notre gauche comme une illusion d'optique. >
Les Belges étonnent le nonce par leur calme : « Le caractère des habitants est généralement bon et hospitalier,- et en toutes choses, même dans les fêtes les plus bruyantes, on remarque ce je ne sais quoi de flegmatique qui distingue les Flamands. » Les châteaux de l'aristocratie le frappent € par leur indescriptible propreté,
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