CHAPITRE TROISIÈME
qui est la caractéristique de la nation. Les campagnes qui les entourent, les bosquets et les collines forment des points de vue variés et pittoresques >, bien différents de la solennité régulière des villas italiennes d'ancien style.
Mgr Pecci se tenait scrupuleusement à son poste, i J'ai vu deux fois, écrit- il, Louvain, célèbre par son Université catholique et Malines, résidence du cardinal. J'aurais eu souvent l'occasion de me rendre à Anvers, à Gand, à Liège, etc., mais je ne l'ai pas fait pour ne pas m'éloigner de la capitale, sans un motif sérieux. > Quelque temps après, il se décida pourtant à faire une excursion dans les Flandres. Bruges lui parait < une ville qui intéresse beaucoup par ses souvenirs et ses monuments, mais qui console encore davantage par la fermeté et la constance de sa population dans la foi catholiques.
Dans une lettre du lo avril 1844, il exprime ainsi son opinion sur le peuple belge en général : <: En ce qui me concerne, je n'ai que des sujets de satisfaction à cause de la bonté et de la solide religion de ce peuple belge. Le sentiment catholique est heureusement encore prédominant dans la nation et dans les Chambres; le ministère ne lui est pas contraire, et le roi, quoique protestant, le favorise. Avec ces bons éléments, vu la condition des temps que nous traversons, on combat toujours, mais d ordinaire on triomphe. »
Après l'excursion faite par Mgr Pecci dans les Flandres, Mgr Fornari lui écrivait d'un ton enjoué : « Je me réjouis du bon accueil que vous avez reçu de ces bons et excellents évêques. Avez-vous été content de voir ce beau pays de foi où les chrétiens sont vraiment chrétiens ? Vous voyez comment vous avez été accueilli partout, et puis vous ne voudriez pas que je dise que le nonce de Bruxelles est le plus heureux de tous les nonces ? La nonciature de Bruxelles est la fleur des nonciatures, et la Belgique, le paradis terrestre des nonces. Préparez-vous au moment où vous devrez passer à un autre poste. Quelle qu'elle soit, vous verrez que ce qui main-
tenant peut être appelé des épines vous semblera des roses. Commencer par la Belgique, c'est un beau noviciat... >
Le nonce de Belgique partageait, on l'a vu, ces appréciations bienveillantes ; cependant la pensée de la patrie absente avait pour lui un vif attrait. Le 14 février 1844, il écrivait à sa famille : € J'accepte de tout cœur votre vœu de me voir retourner un jour là-bas au foyer paternel, mais vous n'ignorez pas qu'avant que ce souhait puisse s'accomplir, il devra s'écouler un temps bien long, peut-être dix ans, peut-être plus. Et qui pourrait se promettre dix ans de vie ? En ces sortes de choses si incertaines et si lointaines, quoique les souhaits soient toujours bien reçus, il vaut peut-être mieux s'en remettre totalement à la Providence, qui règle à son gré les événements humains et les dispose d'avance selon ses fins très sages. Les occupations et les devoirs qui m'incombent sont extrêmement délicats et difficiles ; vous le comprendrez sans que je doive m'étendre là-dessus. Je vous prie seulement de m'avoir présent dans vos prières, afin que le Seigneur m'aide par sa sainte grâce. Que votre prière matinale s élève des flancs du mont Capreo ^ et soit accueillie au Ciel pour mon bien et pour l'avantage de la Belgique. Ce sera la première fois, je crois, que Carpineto et la Belgique se rencontreront là-haut ! »
Si cet avenir, que Mgr Pecci interrogeait non sans anxiété dans les lignes qu'on vient de lire, s'était soudain révélé à ses yeux, le nonce de Bruxelles se serait vu, trente-quatre ans après, presque jour pour jour, chargé par le conclave du poids glorieux de la tiare! C'était vers ce but que le guidait la Providence à laquelle il s'abandonnait avec tant de confiance. Mais il était loin de se livrer à des rêves ambitieux. Défiant de lui-même et toujours prêt à recevoir des avis et des conseils, il avait une grande crainte de ne pas accomplir avec la perfection suffisante les devoirs de sa charge.