CHAPITRE XXII
aide par ses lumières et partage ses travaux sans partager son autorité épiscopale.
Mais n'est-il pas étonnant de Toir transformer le collège apostolique en corps législatif? Ils ne connaissent même pas notre dgctnne, ceux qui veulent la combattre; et le plus souvent, lorsqu'ils cherchent à nous confondre, Us mettent à découvert leur ignorance.
Us déclament sans cesse contre ce qu'ils appellent notre dogme de Tinfaillibilité : mais comment pourraient-ils nous émouvoir? Tantôt leurs discours sont vides de sens et ne méritent pas qu'on s'y arrête; tantôt, confondant l'infaillibilité doctrinale avec l'impeccabilité du souverain Pontife, ils ne font que répéter ce que nous soutenons nous-mêmes : que le Pape est comme les autres hommes sujet à pécher. Et ils osent même prétendre que Léon XIII se trouve très-embarrassé d'être regardé comme « impeccable ».
Qu'ils se rassurent, lorsque le cardinal Pecci a accepté la tiare , il n'ignorait point l'existence du dogme de l'infaillibiUté, mais il en connaissait la signification, et il n'est ni inquiet ni embarrassé ; écoutez , pour vous en convaincre entièrement, ce qu'il a dit lui-même :
« Dans les définitions théologiques suprêmes promulguées par le- souverain Pontife relativement à la foi et à la morale, toute l'Ëglise reconnut constamment une complète immunité de l'erreur, et elle les reçut comme règles infaillibles auxquelles elle devait conformer sa croyance. Nous en avons pour témoins les professions de foi et les déclarations faites dans de nombreux conciles œcuméniques, en même temps que les magnifiques expressions des Pères, d'après lesquelles la parole souveraine du Pontife romain
finit toute controverse et ne peut être que maîtresse infaillible de vérité.
« Et comment pourrait-il en être autrement, puisque Notre-Seigneur Jésus-Christ a déclaré qu'il fondait son Église sur Pierre, et que contre elle les portes de l'enfer n'arriveraient ni par la violence, ni par la ruse, ni par les erreurs à prévaloir jamais ? Or, si elles parvenaient à prévaloir contre la pierre fondamentale, comment l'édifice resterait-il debout? De plus, A*est-ce point Jésus- Christ qui pria pour que la foi de Pierre ne défaillit point ? ou serait-ce que sa prière a pu demeurer sans effet ? Non , puisque, en vertu de cette divine prière, fut imposé à saint Pierre par le même Jésus-Christ le devoir de confirmer dans la foi ses frères en péril : « Confirma fratres « tuos . » C'est à lui que fut dit d'une manière spéciale par le divin Mattre : « Va, enseigne, nourris de la vérité les f brebis et les agneaux, pasce oves tneas, pasce agnos meos. » Or, jamais saint Pierre n'aurait pu remplir utilement pour l'Église cette grave obligation si lui-même avait pu faillir dans la foi du Christ. Si l'Église, en effet, qui est inébranlable dans sa croyance, avait reçu de son divin Fondateur l'ordre d'écouter docilement et sans appel la voix d'un mattre faillible, loin d'apparattre comme la colonne et le soutien de la vérité, elle devrait à bon droit être appelée la synagogue de Satan, la misérable esclave de toute espèce d'erreur'. »
* Homélie prononcée en 1871 à l'occasion du vingt-cinquième Anniversaire do pontificat de Pie IX.