CHAPITRE XXIII
Léon XIII et ritalîe.
Les feuilles ordinairement hostiles à FÉglise ont applaudi, nous Favons tu, à l'élection de Léon XIII; elles se sont réjouies de son avènement comme d'une victoire de ntalie sur le « cléricalisme », c'est-à-dire sur l'Église et la papauté. Le nouveau pontife, disaient-elles, est un modéré; la conciliation se fera; en d'autres termes, il abdiquera ses droits.
Or Léon XIII, en montant sur le trône pontifical, a fait« nous le verrons plus loin, une protestation et une revendication de tous les droits de l'Église qui ont été violés, et il ne pouvait s'empêcher de la faire. Bien que cette protestation ne fût pas nécessaire pour prévenir la déchéance de droits imprescriptibles de leur nature, elle était une formalité juridique dont la personne du nouveau pontife ne pouvait pas se dispense^ , quelle que fût la forme dans laquelle il pouvait la faire.
En effet, le Pape est un usufruitier qui doit, en prenant possession de sa charge, faire l'inventaire du domaine qui lui est confié. H est obligé en conscience de constater de la manière la plus authentique l'état dans lequel il trouve
les biens et les droits de FÉglise. Cette constatation est par le fait une protestation positive.
Il n'est au pouvoir de personne de faire que la réalité des* choses ne soit pas ce qu'elle est; il est impossible de nier que l'Église a été dépouillée. Et prétendre que le nouveau pontife foule aux pieds tout d'un coup les traditions séculaires de la papauté, qu'il oublie, jusqu'à la dernière page, toute l'histoire de ces dernières années, qu'il fasse cession de ses droits et approuve la spoliation, c'est une utopie, c'est une moquerie.
On ne pouvait donc demander à Léon XIII qu'il se rési* gnàt à la perte du pouvoir temporel.
Le pouvoir temporel, il est vrai, n'a aucun rapport avec le dogme, et la Providence a permis que le Pape en fiit privé momentanément; mais il est faux de prétendre que la possession du pouvoir temporel « n'était pas ce qu'il y avait de mieux pour l'Église ». Il est vrai encore que le Christ a promis aux siens l'immortalité de la doctrine, et non la perpétuité d'une possession qui a passé par toutes les phases des choses humaines et qui, avant la spoliation définitive, avait déjà reçu bien des atteintes. Mais il est également vrai qu'il a promis d'assister son Église jusqu'à la fin des siècles, et qu'il lui a promis par là même tout ce qui est nécessaire pour remplir sa mission religieuse. Or l'indépendance lui est absolument indispensable, et comment le Pape peut-il être indépendant sans être souverain?
On a fait la loi des garanties : cette loi est une reconnaissance par le gouvernement italien du besoin d'indé-