CHAPITRE XXIII
pendance du Saint-Siège, surtout dans ses rapportsavec le monde catholique; mais si elle a eu la prétention de pallier une flagrante iniquité, elle est évidemment insuffisante, et nous en trouvons la preuve précisément dans la prétention qu*ont les Italiens de ne laisser à cette loi qu'un caractère « d'ordre intérieur » et de ne lui accorder aucun caractère international. On comprend que l'Italie redoute cette sanction « internationale », qui pourrait menacer à son tour l'indépendance italienne.
Cependant, il est absolument injuste de réduire la loi des garanties aux conditions d'une loi d'ordre intérieur, puisqu'elle demeure ainsi soumise aux caprices probables des majorités de l'avenir, qui pourront sans réserve la modifier ou la détruire. Elle a pu suffire hier à protéger la liberté du conclave ; l'Italie avait intérêt à ce qu'il en fût ainsi ; mais avec un autre prince, un autre ministère, dans d'autres circonstances, la loi pourrai rester lettre morte, elle pourrait être enfreinte.
La liberté du Saint-Siège n'est donc pas suffisamment assurée dans l'avenir. Nous ajouterons qu'elle ne le serait pas plus, alors même que la loi de garanties fût maintenue par le gouvernement italien. En effet, qu'au lieu d'un pape ferme et intrépide comme l'a été Pie IX et comme nous savons ou espérops que le sera Léon XIII, on suppose un pape timide, hésitant, porté aux capitulations, ce que la croyance à l'infaillibilité doctrinale du chef de l'Église n'empêche en aucune façon d'admettre, l'indépendance de l'Ëglise n'existerait plus. La loi des garanties, telle qu'elle a été faite, ne pouvait être regardée comme une garantie sérieuse qu'en prenant pour
base cette hypothèse hamainement inadmissible d'une série de papes étrangers à toute faiblesse, toujours supérieurs aux menaces comme aux sollicitations. En un mot, il semble que la liberté de TÉglise, au lieu de dépendre d'un établissement politique régulier, dépendra d'une sorte de miracle prolongé et permanent. Or, estil un homme d'État catholique ou non qui puisse admettre une pareille condition? Et, s'il n*y en a pas un seul, ne sommes-nous pas fondés à déclarer que la loi de garanties, fClt-elIe même maintenue in œtemum par le gouvernement italien, constitue un état qu'il est impossible de regarder comme définitif?
Mais n'est-il pas possible, nous dit-on, que, moyennant certains tempéraments, l'Italie puisse rester une, et cepen^ dantlePape être indépendant? Ne peut-on pas découvriret faire prévaloir un moyen qui, mettant fin à l'antagonisme de l'idée nationale et de l'idée religieuse, réunirait ces deux grands sentiments en un seul et constituerait ainsi pour l'Italie une force toute-puissante?
Les Italiens ne voudraient sacrifier ni le roi ni le Pape ; ils ne peuvent pas admettre que cela soit nécessaire. Ils sentent bien une contradiction latente dans la situation respective de ces deux puissances; mais ils se rassurent en espérant que la population romaine aura toujours assez de dignité et de sagesse pour que, dans la pratique, les deux pouvoirs soient indépendants et souverains.
Quelques-uns, les plus modérés, se contentent de demander à Léon Xm des modifications dans la politique du précédent règne à l'égard de l'Italie; mais euxmêmes seraient bien embarrassés pour dire quelle concession précise ils jugent compatible avec la dignité de la
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