CHAPITRE V
taient qu'ils la tenaient à la disposition de quiconque voudrait y adhérer.
Blessé dans sa conscience épiscopale, Tarchevèque de Pérouse écrivit aux coupables pour les exhorter- à changer de sentiments et de conduite; croyant, d'ail* leurs , les amener plus efficacement à reconnaître leur erreur et à rétracter publiquement leurs actes, il leur interdisait jusqu'à ce qu'ils l'eussent accompli l'exercice du ministère.
Loin de se soumettre, lès trois prêtres eurent Tinconyenance de transmettre au fisc la lettre de l'archevêque» contre lequel on procéda. Mais le juge d'instruction trouva que l'accusation n'était pas fondée sur des motifs légaux, et déclara qu'il n'y avait pas lieu de donner suite à l'afifaire. Le fisc fit appel contre cette décision, et la cause fut portée devant la Cour d'appel de Pérouse, qui reprit l'examen des faits et renvoya absous le digne pasteur.
Ajoutons, pour achever de mettre en lumière la fermeté de Mgr Pecci, qu'un jour le pouvoir civil ayant voulu s'emparer d'un collège qu'il avait fondé et qui devait sa prospérité à la haute protection dont il le couvrait, l'archevêque de Pérouse annonça que si l'on donnait suite à cette tentative d'usurpation, il ferait, sans retard, enlever les armoiries qui surmontent la porte d'entrée, et il tint parole.
Quinze ans après la publication de cette lettre pastorale, l'archevêque de Pérouse, chez qui le temps n'a pas affaibli l'énergie, parlait ainsi de la situation de l'Église au dix-neuvième siècle : « Une bonté négative, ferme, qui se renferme en elle-même et cherche au dehors des
conciliations impossibles, n'est pas admissible dans notre temps, quand nos adversaires viennent sur la place pour tout enlever, que notre faiblesse même augmente leur force et qu'ils sont prêts à fouler aux pieds nonseulement nos droits de catholiques , mais encore les principes d'indépendance et de liberté qu'on a professés jusqu'à ce jour avec tant de fracas. Il ne s'agit pas ici de faines jactances ou de simples provocations, mais de la manifestation calme et civile du sentiment chrétien qui est un droit sacré en face des autres, et un devoir en face de Jésus-Christ qui avouera .devant son Père Céleste ceux qui l'auront confessé devant les hommes. » Grâce à cette attitude correcte qui prenait rarement l'offensive, mais qui ne savait pas fléchir, le cardinal Pecci s'était attiré l'estime de ses adversaires : ils apportèrent plus d'une fois des tempéraments dans l'exercice des mesures de rigueur et de spoliation qui sont la conséquence du nouvel ordre de choses établi en Italie,