‹ Le pape Léon XIII: sa vie, son avénement, ses écritsChapitre 33 sur 152 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Ton tire avec fureur contre FÉglîse, ses ministres et ses enseignements.

Oà pourrait citer plus d'un exemple éclatant de cet artifice ; inais pour ne relever qu'une seule expression dont les incrédules abusent tant, qui ne sait, nos bien* aimés, avec quelle satiété l'on répète partout le mot de civilisation, en faisant entendre qu'il existe entre elle et l'Église une contradiction intrinsèque et une irréconciliable inimitié ? Ce mot, qui en soi est très-vague, et que Ton se garde bien de définir, est devenu le fléau qui frappe sur nos épaules, l'instrument à l'aide duquel on renverse les plus saintes institutions, le moyen qui ouvre la porte aux plus lamentables excès.

Si l'on tourne en dérision la parole de Dieu et de celui qui le représente sur la terre, c'est, dit-on, la civilisation qui l'exige. C'est la civilisation qui veut qu'on restreigne le nombre des églises et des ministres sacrés , et qu'on multiplie, au contraire, les lieux de péché. C'est la civilisation qui demande des théâtres sans retenue et sans pudeur. Au nom de la civilisation, on enlève tout frein à l'usure la plus éhontée, aux gains les plus illicites. C'est encore au nom de la civilisation qu'une presse immonde pervertit les esprits, et que l'art, se prostituant, souille les yeux d'horribles images, prépare la voie à la corruption des cœurs. A l'abri de cette parole mensongère qui s'élève comme un drapeau vénérable, le produit empoisonné circule librement, et, au milieu des rumeurs étourdissantes et du renversement des idées, il semble démontré que c'est notre faute si la civillimtion né fait pas des progrès plus rapides et si elle n'atteint pas de plus sublimes destinées.

Telle est Torigine de ce qu'on veut appeler la lutte eh faveur de la civilisation^ mais que Ton devrait plutôt nommer l'oppression violente de FÉglise.

Vous ne vous étonnerez donc pas, nos très-chers dio« césains, si, à l'approche du carême, vous adressant, selon la coutume, notre lettre pastorale , nous nous sommes décidés à traiter longuement, et de préférence à tout autre sujet, cette question de la civilisation. Nous tenons à vous démontrer par des preuves évidentes que tout ce qu'il y a de bon dans ce mot et dans sa signification nous est venu dans le passé par les mains de l'Église, et que c'est seulement par les sollicitudes matemeUes de l'Ëgllse qu'il nous sera conservé dans l'avenir.

En commençant à traiter cet important sujet, nous ne voulons pas qu'on puisse nous renvoyer le reproche que nous avons fait à nos adversaires, de nous servir de mots qui, n'étant pas bien expliqués, ne peuvent qu'en^ gendrer la confusion. La vérité ne gagne rien à ce système; et vous, nos bien-aimés, qui avez souvent entendu la voix de votre pasteur, voqs savez combien, par-dessus tout, nous avons eu toujours à cœur le triomphe de la vérité sur l'erreur. Nous allons donc, avant tout, nous efforcer de préciser le sens d'un mot si souvent répété, et nous ne croirons pas avoir mal employé notre temps si, en donnant une explication plus claire de ce mot, notre discours devient plus lumineux et plus ordonné.

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