‹ Le pape Léon XIII: sa vie, son avénement, ses écritsChapitre 34 sur 152 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

C'est une vérité reconnue, — et la moindre réflexion suffit pour nous en convaincre, — que Thomme a été créé de Dieu pour vivre en société, et qu'il a été constitué de telle sorte que, sans la société, il ne pourrait se conserver d'aucune manière. Petit enfant, si on l'abandonnait à lui-même, il périrait plus rapidement que les fleurs dont la durée ne dépasse pas quelques heures. Devenu adolescent, manquant de jugement et d'expérience, il se tromperait souvent à son désavantage si personne n'était là pour le conduire, l'instruire, l'apprendre à régler honnêtement sa vie et l'habituer à rendre aux autres ses services comme les autres lui rendent les leurs. Parvenu à l'âge viril, qu'advieudrait-il de lui sans la tutelle prévoyante de la société dont il fait partie? Un célèbre économiste français (i) a fait le tableau des bienfaits multiples que l'homme retire de la société, et c'est une merveille digne d'être» admirée.

Considérez le dernier des hommes, le plus obscur des artisans : il a toujours de quoi se vêtir bien ou mal, il a de quoi chausser ses pieds. Or, combien de personnes, combien de peuples ont dû se donner du mouvement pour lui préparer ses habits ou ses souliers I Chaque jour il porte à sa bouche un morceau de pain ; et voyez encore ici quel travail, que de bras il a fallu pour arriver à ce résultat, depuis le laboureur, qui creuse péniblement les sillons du champ pour y semer le grain, jusqu'au

* Frédéric Bastiat.

boulanger qui convertit la farine en pain ! Cet homme a des droits ; il trouve dans la société des avocats pour les défendre, des magistrats pour les consacrer par leurs jugements, des gendarmes pour les faire respecter. Est-il ignorant ? il y a des écoles, des hommes qui pour lui composent des livres, d'autres qui les impriment. Pour la satisfaction de ses instincts religieux, de ses aspirations vers Dieu, il s'adresse à quelques-uns de ses frères qui, laissant toute autre occupation, s'adonnent à l'étude des choses saintes, renoncent aux plaisirs, au négoce, à la famille pour mieux répondre à ces besoins supérieurs. Mais cela suffit pour vous démontrer clairement qu'il est indispensable de vivre en société pour, satisfaire des besoins aussi impérieux que divers.

La société, étant composée d'hommes essentiellement perfectibles, ne peut demeurer immobile ; elle progresse et se perfectionne. Un siècle hérite des inventions, des découvertes, des améliorations réalisées par le siècle précédent, et ainsi s'accroît merveilleusement la somme des bienfaits physiques, moraux, politiques. Qui voudrait comparer les misérables cabanes des peuples primitifs, leur vaisselle grossière, leurs instruments imparfaits avec ce que nous possédons au dix-neuvième siècle ? Y a-t-il quelque proportion entre le travail exécuté par des machines si ingénieusement construites et celui qui sortait difficilement des mains de l'homme ? Il n'est pas douteux qu'il y ait progrès sur les routes mal tracées, sur les ponts peu sûrs, sur les voyages si longs et si

Page 1