CHAPITRE VU
Ah ! qu'aucun de tous, nos très-chers diocésains, ne se laisse séduire par ceux qui viennent vous flatter au moyen de paroles menteuses pour faire de vous des prosélytes et les entraîner à leur perte. Si, comme il convient à des esprits élevés et généreux, vous aimez les progrès honnêtes et le développement de la civilisation, soyez convaincus que vous ne pourrez plus sûrement contribuer au perfectionnement de la civilisation qu'en restant fidèles d'esprit et de cœur aux pratiques de TÉglise catholique.
Vous avez en partie touché du doigt cette vérité, et il nous serait agréable de projeter la même lumière sur les points qui concernent ramélioration de Thomme sous le rapport moral et politique, si, au lieu de vous écrire une lettre pastorale, nous nous étions proposé de faire un long traité, et si nous n'avions le projet, pourvu que Dieu nous prête vie, de revenir une autre fois sur ce sujet.
Du reste, les faits sont là pour nous montrer à tous où nous a conduits cette lutte insensée engagée contre l'Église au nom du progrès. Depuis l'humble artisan jusqu'à ceux qui par la position ou la naissance occupent le premier rang dans la société, il n'est personne qui puisse affirmer qu'il a retiré des premiers essais de cette lutte autre chose que des amertumes et des désenchantements.
Si l'on regarde plus avant, cherchant à pressentir quels seront les résultats de ces tentatives impies, quiconque
a du jugement et du cœur se sent envahir par un frisson d'épouvante. D'une part, les foules, auxquelles on a enlevé l'espérance d'un autre avenir et le soulagement apporté à l'infortune par la foi, les foules qui ne peuvent trouver une compensation dans les jouissances de la terre, trop pauvre pour leurs convoitises et riche à l'excès de misères et de contrastes ; de l'autre, un petit nombre d'hommes à qui sourît la fortune, qui n'ont plus même une étincelle de charité dans le cœur, attentifs seulement à thésauriser et à jouir. D'un côté, les frémissements du désespoir qui vont se changer en actes de sauvagerie ; de l'autre, les joies obscènes, les danses et les festins qui excitent l'indignation du pauvre abandonné et provoquent les châtiments du ciel.
Voilà ce que nous avons gagné, voilà ce que nous promet cette guerre déclarée à l'Église au nom de la civilisation, et qui tend à nous replonger dans les ténèbres de la barbarie.
Aujourd'hui donc, s'il est encore temps de mettre un terme aux malheurs présents, et de conjurer les périls à venir, le salut ne peut se trouver que dans votre fidélité aux lois de Dieu et de l'Église, courageusement observées, et dans les exemples d'une vie chrétiienne.
Et quel temps plus opportun que celui où nous allons entrer pour commencer l'œuvre essentiellement réparatrice ? Ceux qui prétendent représenter le siècle veulent d'une civilisation en dehors de Dieu et contre lui ; ils ne l'auront point. Pour vous, nos bien-aimés diocésains, vous devez dire et prouver par les faits que le moyen de conserver le bien légué par nos pères et de l'augmenter, c'est de recourir à Dieu et d'écouter sa voix