SECONDE PARTIE
Unis à vous, nos très-chers fils, pendant de longues années, par les liens sacrés du ministère pastoral et par des rapports toujours afiectueux, de part et d'autre, nous sentons tout le poids d'une séparation qui ne laisse pas d'être fort douloureuse, bien qu'imposée par de trèsgraves motifs. Vous pouvez facilement comprendre avec quelle joie, dans de telles dispositions, nous voyons approcher le saint temps du Carême, où le devoir de notre
charge nous oblige à rompre le silence et à vous adresser notre parole de pasteur. Puisque, maintenant, il ne nous est pas donné de revenir en personne au milieu de vous, nous y retournons par écrit afin de nous entretenir ensemble et de nous consoler mutuellement par notre foi '. Ce sont là les consolations que Dieu ménage aux évêques pour les dédommager de beaucoup de peines et d'amertumes. Qu'y a-t-il, en effet, de plus agréable pour nous que de converser avec le troupeau qui est notre couronne et qui fait nos délices * ; de parler avec lui de Dieu, de son Christ, de la sainte Église, de nos devoirs religieux , des immortelles espérances , et de lui répéter avec l'Apôtre : « Ainsi, tenez-vous fermes dans le Seigneur, ô bien-aimés I » C'est une excellente manière de sortir de ce choc d'idées, de ce tumulte ruineux des vains et coupables désirs, d'efforts arides et impuissants dont notre époque est déchirée et fatiguée. Mais ce répit ne nous est pas même accordé, forcé comme nous le sommes, par le temps corrompu et corrupteur qui court, de ne pas nous contenter d'un échange pacifique et tout à fait intime de pieux sentiments.
En vous adressant la parole pour rappeler et raviver dans vos âmes les maximes de la foi et les devoirs qu'elle impose, nous ne pouvons perdre de vue que la foi ellemême est mise en question, et que des hommes, ennemis de Dieu et de son Église, font tous leurs efforts pour l'arracher de votre cœur ; de là le devoir pour nous de vous donner l'éveil, afin de ne pas encourir le reproche
» Rom., I, 12.
» Philip., IV, 1.