‹ Le pape Léon XIII: sa vie, son avénement, ses écritsChapitre 63 sur 152 · CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil

TÈglise a une doctrine qui, observée et passée en règle de vie, doit infailliblement conduire ses enfants à un merTeilleux perfectionnement moral, et leur procurer la mansuétude, la pureté des mœurs, la cordialité et la courtoisie des relations; si elle possède ce qu'avaient vainement désiré les sages du paganisme, un exemplaire suprême, parfait, absolu de toute vertu et de généreux sentiments ; si elle n'a jamais permis que sa doctrine fût altérée ou que l'exemplaire divin fût déshonoré par les négations blasphématoires et les attaques aveugles des ennemis; si, enfin, cette doctrine qu'elle prêche et cet exemplaire qu'elle propose à notre imitation ont sufïi dans le passé pour produire des effets admirables, manifestement au-dessus du pouvoir de l'humanité, il est clair qu'il ne peut y avoir aucune bonne raison de bouleverser le monde, pour soustraire la civilisation aux influences bienfaisantes de l'Église et la confier à des mains qui la garderont dans les voies impies et la feront aboutir à des massacres épouvantables.

Mais, nos bien-aimés fils , quels sont les fruits que les mœurs publiques ont recueillis , les avantages que les rap^ ports mutuels ont retirés de cette lutte néfaste, sous le trèsspécieux prétexte de conduire la civilisation à de nou^ velles et plus hautes destinées ? Nous ne pouvons qu indiquer les grandes ruines qui fument sous nos yeux; mais cette indication suffît pour nous les faire p récier comme il convient. La morale, enlevée au

mains de TËglise et soustraite par trahison à ses bases religieuses, est demeurée en Tafr; elle a cessé d'être la règle autorisée des actions; elle est devenue le vil instrument et le jouet de tous les appétits. On a inventé une morale pour chaque siècle, pour chaque climat ; on Ta livrée aux mains de chaque particulier pour la transformer au gré de ses caprices. « L'homme , a osé écrire un impie contemporain, sanctifie tout ce qu'il voit, et il embellit des fleurs de l'imagination tout ce qu'il aime '. » De là, rien de plus aisé que de se laisser aller, comme les partisans de ces théories en donnent l'exemple, à faire l'apologie du mal, à diviniser les jouissances des sens, à insulter les lois de la pudeur, sous le prétexte de rechercher la beauté, qui fuit comme l'ombre, et qui, en tout cas, est destinée à élever notre âme vers Dieu, comme un échelon qui conduit à lui, source suprême de toute beauté et de toute amabilité.

Tels sont les fruits que l'on recueille de l'immense rébellion déchaînée à travers le monde. Et ces fruits, comme vous le pensez bien, nos très-chers fils, ne nous promettent pas les progrès désirables de la civilisation, mais ils nous donnent les frissons que doit faire éprouver l'approche de la pire espèce de barbarie , celle qui naît d'une civilisation corrompue. Ces funestes effets devraient avertir les imprudents de ne plus suivre des maîtres pervers et de se tenir unis par des liens étroits et indissolubles à la sainte Église* Mais, malheureusement, nous voyons qu'il n'en va pas ainsi, et que la fortune sourit aux séducteurs.

* Renan, Revue des Deux Mondes, octobre 1S62<

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