CHAPITRE VIII
Vertus de Mgr Pecci. — Son goût pour les études ecclésiastiques et la poésie.
Mgr Pecci ne fut pas seulement un administrateur habile, un prélat de grand sens politique et de grande doctrine catholique : tant dans son archevêché de Pérouse qu'à Bruxelles, il se fit aimer et estimer par ses vertus, sa sagesse et l'agréable et toute religieuse affabi* lité de ses manières.
Il avait une grande rigidité de mœurs qui ne craignait pas de s'aflirmer au dehors. On raconte qu'un jour il releva avec une finesse incisive et un goût exquis certaines impertinences ultra-artistiques d'un grand seigneur belge qui, en déployant devant lui toutes les richesses de sa galerie de tableaux, n'avait pas ménagé l'austérité du représentant du Saint-Siège. Le futur Léon XIII avait une rigueur de doctrine et d'attitude qui contrastait avec les habitudes italiennes : on sait que dans la Péninsule l'amour passionné de l'art excuse les frivolités qui choquent les regards puritains des peuples septentrionaux.
Mais cette rigueur n'excluait pas chez lui les manières conciliantes. Il était simple, doux et spirituel dans les relations privées, bon et affectueux pour tous. Une
136 hE PAPE LÉON XIII,
dame romaine racontait à M. le comte Héliom de Barème qu'étant allé à Pérouse voir son fils malade à l'infirmerie, elle avait été surprise et émue de voir le cardinal Pecci assis au chevet du jeune malade.
Les événements de l'unité italienne l'ont montré sous son vrai jour. Le général Fanti entrait à Pérouse à la tète de ses troupes, lorsque tout à coup partit d'une fenêtre un coup de feu qui tua un soldat. La maison fut aussitôt envahie , et l'on arrêta un prêtre qui fut condamné à être fusillé, sans qu'on pût alléguer d'autre preuve de culpabilité que sa présence dans cette maison. L'archevêque de Pérouse, surmontant la répugnance qu'il éprouvait à entrer en rapport avec un usurpateur sacrilège, alla trouver le général et employa tour à tour les paroles les plus insinuantes et les plus énergiques pour empêcher l'exécution. Et ce fut pour lui une très-grande douleur de n'avoir pu y réussir.
Les lévites, expulsés de leur séminaire, ont reçu l'hospitalité dans son palais, où il ne s'était réservé que quelques chambres : il vivait avec eux, partageait leurs récréations, comme s'il eût été leur condisciple, et les invitait à sa table. Il a fait pour eux de grands sacrifices, et pour eux aussi il se serait privé de tout avec une générosité inépuisable. « Il faut avoir vu de près le cardinal Pecci, vivant au milieu des clercs de son séminaire, pour se faire une idée de sa grande bienveillance et de son grand esprit de foi. Je l'ai vu un soir, dit le correspondant de V Univers, présider personnellement une sorte de répétition des cérémonies, que ses plus jeunes séminaristes accomplissaient avec une exactitude à laquelle Tévêque de Pérouse attache un grand prix. »