CHAPITRE XVI
Le couronnement de Léon XIIL
Le sceptre peut changer de mains, on peut naître et mourir dans les autres palais, tous ces événements sont oubliés chaque fois que le Vatican a un deuil ou une fête. A Rome, il n'y a pas de place pour un autre que le Pape, que cet autre s'appelle César ou qu'il s'appelle Rienzî.
Constantin le comprit quand il porta le siège de l'empire aux bords du Bosphore. Napoléon le sentait si bien que, tout en donnant à son fils le titre de roi de Rome, comme un défi à Pie VII, son prisonnier, et quelque sollicité qu'il fût par les souvenirs dont il rêvait de ressusciter la gloire, il n'osa jamais donner à son orgueil la fête d'un triomphe au Capitole.
Autrefois célébré avec une pompe magnifique, d'abord à Saint Jean de Latran, puis sur le parvis de la basilique yaticane, le couronnement du Pape se faisait depuis Marcel II, en 1535, dans la loggia qui domine la porte principale de Saint-Pierre. Mais la situation malheureuse dans laquelle se trouve le Vicaire de Jésus-Christ a, pour la première fois, empêché que la cérémonie ne tti publique.
Léon Xm a été couronné dans la chapelle Sixtine.
Sans doute le Pape a la libre disposition de Féglise Saint-Pierre; mais si le couronnement avait eu lieu dans cette basilique, des manifestations violentes, des scènes tumultueuses pouvaient se produire; et ce fut, de la part de Léon XIII et du sacré Collège, un grand acte de sagesse et de prudence que de faire disparaître toute occasion de trouble.
Le 3 mars, au matin , le souverain Pontife, précédé des collèges de la prélature, des pénitenciers, des chanoines de Saint-Pierre, et escorté par tous les cardinaux qui se trouvaient à Rome, fit son entrée solennelle dans la chapelle Pauline, et fut conduit ensuite sur la Sedia à la chapelle Sixtine.
A rentrée de cette chapelle, un mattre de cérémonies, tenant à la main un bâton argenté, garni d'étoupes à rextrémité, fit une génuflexion devant le Pape; en même temps, un clerc alluma les étoupes, et le mattre de cérémonies chanta, tourné vers le Pape: « Saint-Père, ainsi passe la gloire du monde. » Trois fois il répéta cet austère avertissement. Léon XIII n*en avait pas besoin. Il a vu de trop près les hommes et les choses ; le Vatican est trop voisin du Quirinal pour qu'il ne sache pas de quelles épines est tressée la triple couronne dont on allait ceindre son front; mais il sait aussi que la gloire qui y est attachée est de celles que la foule ne peut ni donner ni retirer suivant ses caprices. Quand le grand pape Sixte-Quint vit brûler devant lui les étoupes et entendit les paroles que lui adressait le mattre de cérémonies : « Non, dit-il, la gloire de mon nom ne passera pas, parce que je ne rétablirai qu'en rendant une exacte justice, i» Ainsi en sera-t-il de Léon XIU. U