‹ Le pape Léon XIII: sa vie, son avénement, ses écritsChapitre 93 sur 152 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Le nom de Léon Xni était dans toutes les bouches : tous les Romains le connaissaient. Les prêtres et les évoques, les religieux dont beaucoup étaient venus assister à la grande solennité de la bénédiction apostolique, parlaient de son dévouement à FÉglise, des services qu'il a rendus, louaient ses vertus, sa haute science, sa piété, sa bonté. E buono papa, disaient les habitants de la campagne romaine, « c'est un bon pape ».

Cependant l'attente était longue, et l'incertitude agitait les esprits. De fausses alertes étaient données ; tantôt la foule se précipitait hors de l'église, tantôt elle y rentrait avec une égale hâte ; mais les visages restaient souriants ; on courait sans se heurter; le bruit ne devenait pas tumulte ; il n'y avait ni troupes ni police.

Tout à coup une nouvelle émotion se produisit. Les immenses portes de bronze de la basilique, ces portes qui ne s'ouvrent qu'aux jours solennels, et qui depuis si longtemps étaient fermées à la foule, ces portes s'ouvrirent à deux battants. Elles laissaient pénétrer la lumière d'un soleil splendide et apercevoir la place pleine de monuments, d'enthousiasme et d'éclat, la foule qui s'agitait entre ses portiques, les fontaines et l'obélisque sur lequel resplendit la croix plus triomphante que jamais.

Le silence s'était fait, la croix apparaissait ; on allait pouvoir contempler le Pape, le successeur de Pie IX, Léon XIII !

Dans le fond de la basilique s'ouvrent, entre six pilastres gigantesques, trois balcons, séparés par de vastes fenêtres d'une galerie intérieure qui unit le Ya(;icai^ avec Saint-Pierre, L'un (Je ces bçilco^s, celui d^

milieu, est la loggia. C'est là qu'aux grandes solennités de l'Église, le Pape se montre porté par ses sediarii pour donner la bénédiction, et qu'apparut le Pontife.

L'ovation dans la basilique fut tout ce qu'on peut imaginer de plus grandiose et de plus enthousiaste. On criait: « Vive le Pape Roi! Vive Léon xnil Vive le Papel Vive Léon I » C'était un spectacle impossible à décrire. On criait, on pleurait, on riait, on ne se possédait plus.

La main du Pape se leva; sa voix ferme et claire prononça les paroles de la bénédiction sur le peuple incliné; puis il se redressa, ce peuple plein de respect et d'amour, de joie, et les applaudissements et les acclamations succédant au silence retentirent sous les voûtes de la grande basilique, comme la réponse de F univers catholique à la bonne nouvelle qui lui avait été annoncée. Les mouchoirs, les chapeaux s'agitaient. Le souverain Pontife, levant une seconde fois ses bras vers le ciel, bénit de nouveau la foule.

En bénissant cette foule enthousiaste, le Saint-Père était profondément ému, et la démonstration filiale dont il était l'objet le toucha vivement. A peine était-il retiré de sa fenêtre que, saisissant un « certain » cardinal par le bras, il lui disait : « Contemplez, Ëminence, ce bon et fidèle peuple de Rome. »

Qu'on écrive et qu'on répète après cela que le catholicisme a fait son temps, que la papauté est mortel Que l'on compare cette foule innombrable à celle que l'on voyait naguère aux abords du Quirinal, et qu'on nous dise quel est aux yeux du peuple romain le vrai et légitime souverain de la Ville éternelle.

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