PREMIÈRE PARTIE
.A GENÈSE DE L'ENCYCLIQUE RERUM NOVARUM ESQUISSE DU MOUVEMENT SOCIAL CATHOLIQUE
I. Définition du mouvement social catholique. — IL Les précurseurs : Lamennais, Bûchez, Huet, Le Play. — III. L'initiateur : Ketteler. Le mouvement social catholique en Allemagne et l'histoire du centre allemand. — IV. Le mouvement social catholique en France. L'Œuvre des Cercles et le Conseil de l'Œuvre des Cercles. Le comte Albert de Mun. — V. Le mouvement social catholique en Autriche : le baron de Vogelsang. Caractère aristocratique de ce mouvement : les féodaux. — VI. Le mouvement social catholique en Suisse. Puissance du démocrate Decurtins parmi les ouvriers et parmi les catholiques. — VIL Groupements internationaux d'études sociales catholiques : groupe de Rome, Union de Fribourg. — VIII. Les idées sociales catholiques sont rattachées par leurs interprètes de Fribourg aux enseignements de saint Thomas d'Aquin, réhabilité par l'Encyclique JEterni Patris. — IX. Les idées sociales catholiques sont une réaction contre le droit romain et contre le droit moderne, traités en ennemis par l'Eglise. — X. Comment le Vatican, qui les voyait avec faveur, fut conduit à les approuver solennellement. Importance des pèlerinages ouvriers. — XL Importance de l'affaire des Chevaliers du Travail.— XII. Originalité de la genèse de l'Encyclique Rerum Novarum : deux réactions apparentes, l'une politique, marquée par le Syllabus, l'autre scientifique, marquée par l'Encyclique Mterni Patris, ont préparé cette
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œuvre de progrès. — XIII. L'Encyclique Renan Novarinn est issue des vœux du monde chrétien. Conséquences in<attendues de la proclamation de Finfaillibilité pontificale : puissance des initiatives particulières dans l'Eglise catholique actuelle.
Léon XIII, par rencycliquc Renwi Novarinn, a convié tous les membres de l'Eglise à s'associer à ce « mouvement social catholique » dont quelques-uns d'entre eux furent naguère les initiateurs. Ce mouvement mérite une étude.
Il est trop facile, et partant il est banal, de remonter à l'Evangile, aux Pères du iv^ siècle, ou aux Franciscains du xni% pour en retrouver les lointaines origines : ces enquêtes rétrospectives auraient leur raison d'être, si Ton observait, dans son ensemble, l'histoire sociale du catholicisme. Le mouvement social catholique est un épisode de cette histoire, nettement délimité.
Il est contemporain d'un très grand fait, qui remplit la seconde moitié de notre siècle :
l'avènement de la « question sociale ». Lorsqu'apparut cette redoutable « question », les hommes d'Etat commencèrent par la nier : à cet égard, Tbiers, Cavour, Gambetta furent égale-
ment aveugles K Certains hommes d'Eglise, en revanche, commencèrent à la vouloir résoudre: le premier d'entre eux fut Ketteler, archevêque de Mayence.
Du jour où l'on reconnut les injustices et les misères résultant du régime actuel de l'industrie, et du jour où, pour faire régner la justice et protéger la faiblesse, on se proposa de réhabiliter dans les codes et de restaurer dans les mœurs les principes du christianisme, le mouvement social catholique avait acquis l'existence.
Il exista, dès lors, partout où des catholiques, non contents d'apporter aux misérables les consolations de la charité, firent entendre en leur faveur les protestations de la justice, et substituèrent les plans d'une réforme et d'une législation sociales, inspirés par Tesprit de l'Evangile, aux soulagements arbitraires et provisoires proposés par la philanthropie.
A proprement parler, les multiples créations de la bienfaisance chrétienne sont étrangères au
1 « La société actuelle, reposant sur les bases les plus justes, ne saurait être améliorée. » (Thiers, Rapport sur l'assistance publique, 1850.) L'opinion de Gambetta, au sujet de la question sociale, est connue par le discours du Havre, du 18 avril 1872, et par quelques souvenirs de M""" Edmond Adam, La patrie horif/roise, p. 192. Pour ce qui concerne Cavour, voyez Nuova An'nlnffid. XXIV. ISSU, p. 22(i.