I. AUTORITÉ
De toutes les autorités que Dieu a constituées sur la terre, il n'en est point d'aussi grande, je veux dire d'aussi élevée et d'aussi étendue que celle du souverain Pontificat. C'est
Tautorité même de Jésus -Christ dévolue à Pierre et à ses successeurs, pour régir toutes les âmes vivantes et à naître : empereurs, rois, peuples, tout le genre humain. « Toute puissance m'a été donnée par mon Père dans le ciel et sur la terre, a-t-il dit solennellement, je vous la communique ; enseignez toutes les nations et remettez les péchés. Pierre, vous êtes le chef de mon troupeau : paissez mes brebis et mes agneaux. Le Saint-Esprit vous éclairera et vous guidera, et je serai moi-même avec vous jusqu'à la fin des siècles. Ayez confiance, j'ai vaincu le monde. »
Le même Jésus-Christ avait dit : « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu'. » Et son apôtre saint Paul écrivait aux Romains : a Tout pouvoir vient de Dieu; et c'est résister à l'ordre établi par Dieu que de refuser d'y obéir". » Tel est le fondement, telle est la raison de l'obéissance chrétienne.
L'autorité émanant de Dieu, combien n'estelle pas sainte aux yeux à a. fidèle ! Ce n'est plus devant un homme qu'il s'incline, c'est devant le représentant de la Majesté suprême, c'est de-
* S. MaUh., XXII, 21.
* Epît. aux Rom., xiii, 1 et suiv.
vant son Dieu, qui lui ordonne d'obéir. Principe sacré qui ennoblit l'obéissance, qui la rend plus facile, qui en fait le mérite et la perfection î
C'est à ce titre que l'Église demande pour elle-même, dans les choses spirituelles, l'obéissance de tous ses enfants , même des empereurs et des rois ; pour les empereurs et les rois, dans l'ordre temporel, celle de leurs sujets; pour tous ceux qui ont une part quelconque d'autorité, la soumission de leurs subordonnés; car tel est l'ordre divin. Juste envers ceux qui commandent, comme envers ceux qui obéissent, elle enseigne aux premiers à servir Dieu et à aimer leurs inférieurs ; en même temps elle prêche à ces derniers l'obéissance et l'amour envers ceux qui ont charge de les gouverner. Elle ordonne même le respect et la résignation à l'égard des pouvoirs oppresseurs. N'est-ce pas pousser assez loin le principe de la soumission? Ce fut la doctiine des apôtres, ce fut la pratique des premiers chrétiens aux temps des martyrs. Nos derniers Pontifes ont-ils donné d'autres conseils aux Irlandais, aux Polonais, à ces populations catholiques qui gémissent sous l'oppression de l'hérésie ou du schisme? Non, Rome est amie de l'ordre et de la paix; elle a dans le cœur la mansuétude de son divin Maître.
Les révolutionnaires démagogues savent trop bien que la religion est la source du respect pour l'autorité, comme le Saint-Siège est le fondement de la religion. N'est-ce pas pour cela qu'ils ont au cœur tant de haine contre l'Église, et surtout contre son chef? Demandez-le à la Révolution de 93, ou plutôt méditez ses actes : elle a tout fait pour avilir lé sacerdoce et pour abolir la Papauté. Si ses violences n'ont servi qu'à les rehausser dans l'esprit des peuples et à les couronner de l'auréole du martyre, il ne faut en conclure que son impuissance à renverser l'œuvre de Dieu, et la fidélité de Jésus-Christ à tenir ses promesses.
Quand Napoléon I" voulut ramener l'ordre et reconstituer l'autorité, il commença par rétablir le culte catholique, et il voulut que le souverain Pontife, naguère abattu par l'anarchie, imprimât sur son front victorieux le sceau divin de la puissance.
Durant la révolution de 1848, qui respecta du moins les autels, les meneurs de la démagogie ne manquèrent pas de s'<^ttaquer au Siège de Rome, comme au boulevard de la société européenne. C'est là qu'ils voulaient porter le grand coup. Tous les catholiques le comprirent, et du sein de cette France encore agitée, mais
toujours fière de se montrer la fille aînée de l'Église, une armée vola sous les murs de la capitale du monde chrétien. Le rétablissement du Pape sur son trône rassura bientôt la catholicité, et déconcerta les fauteurs de l'anarchie.
Merveilleuse puissance de la foi! Le Pontife suprême est vraiment le pôle du monde civilisé. Lorsqu'il n'est plus à sa place, même temj)ore]le, les âmes semblent désorientées et les nations s'agitent avec inciuiétude, comme si Dieu s'était momentanément retiré , abandonnant le gouvernail des choses humaines. Aussitôt que le Vicaire de Jésus-Christ remonte au sommet de la sainte montagne, et que les peuples revoient l'image de la Divinité dans ses traits augustes, ils sentent que Tordre se rétablit, et les esprits rentrent peu à peu dans le repos. C'est qu'en effet tout est plus ou moins ébranlé, quand cette colonne de l'édifice religieux et social éprouve une violente secousse.
De nos jours, on a senti, mieux que jamais, combien les seules puissances temporelles sont faibles contre l'anarchie, et combien les sociétés ont besoin d'être retrempées aux sources du respect et de l'obéissance. Or, où sont-elles, ces sources divines? N'est-ce pas dans la reUgion, n'est-ce pas dans le catholicisme, n'est-ce pas
surtout à Rome, où l'autorité et la puissance divines sont, pour ainsi dire, incarnées et vivantes? Oui, c*est de là que coulent sur le monde les eaux vivifiantes qui entretiennent et fortifieront les principes conservateurs de l'ordre chez les nations chrétiennes.
De là, après tant de secousses et de révolutions, le retour des meilleurs esprits de l'incrédulité vers l'Eglise, et un plus grand amour des fidèles pour le Pasteur qui tient en main la houlette de Jésus-Christ.