‹ Le pape, Rome et le mondeChapitre 19 sur 30 · I. ACCORD DES DISSIDENTS ET DES RÉVOLUTIONNAIRES · texte numérisé non relu

I. ACCORD DES DISSIDENTS ET DES RÉVOLUTIONNAIRES

A notre tour nous demanderons aux protestants l'explication d'un fait bien autrement grave, qui frappe au premier coup d'œil tous les observateurs : c'est la sympathie manifeste et l'accord trop constant qui existe entre tous les dissidents et les révolutionnaires contre l'Église et contre l'autorité on général. Quoiqu'ils dé-

ploient des drapeaux différents, on les voit s'entendre et marcher au môme but. Ce n'est pas.

sans doute, qu'ils ne dussent se diviser après la victoire ; mais ils se donnent la main dans la 1 utte et com])attent en frères, pour renverser l'ordre établi par Dieu. Tandis que l'Eglise romaine soutient toutes les autorités légitimes, les sectes diverses fraternisent avec toutes les rébellions. Divisées entre elles par des lignes non moins profondes que celles qui les séparent de Rome , elles oublient leurs querelles particulières et s'unissent volontiers pour attaquer la chaire de saint Pierre. Ennemies naturelles de l'incrédulité , puisqu'elles portent le nom de sociétés religieuses, elles pardonnent néanmoins aux démagogues leurs haines antichrétiennes et les principes les plus sataniques, dès lors qu'ils en veulent à des pouvoirs catholiques et surtout au Vicaire de Jésus-Christ.

Faut-il, pour s'en convaincre, remonter bien haut dans l'histoire? Il suffit de considérer ce qui se passe et ce qui se dit de nos jours en Europe. Le prosélji:isme protestant n'a-t-il pas le caractère le plus évident des tendances anai"chiques? L'aristocratique Angleterre n'accueillet-elle pas avec une scandaleuse bienveillance les révoltés de tous les pays, les assassins mis au

ban des nations, les monstres qui font penr à la civilisation? Londres n'est-elle pas la ville de refuge, la cité sainte de la Révolution? Les plus grands scélérats y sont absous et fêtés, dès lors que leurs mauvais desseins ont pour objet le catholicisme.

('.omment expliquer cet amour instinctif qui unit les révoltés en religion aux révoltés en politique, et qui rend chers à des hommes religieux d'autres hommes chez qui la passion du désordre va jusqu'à la rage? 11 y a une raison profonde qui trahit l'origine commune des rebelles et des réformateurs. Le premier révolutionnaire a été Luther, qui s'est attaqué à la plus sainte et à la plus haute des autorités, en disant : c< l'Église romaine est Babylone, le pape est l'Antéchrist. » x\près lui sont venus les philosophes déistes, ayant à leur tête Voltaire : a Jésus- Christ est un faux prophète, plus de révélation, plus de christianisme. » La Révolution marchait toujours; elle s'en prit aux rois : « La royauté, c'est la tpannie, à bas les tyrans! » Il restait encore quelque chose debout, c'était la propriété, qui faisait envie ; la Révolution ébranlera cette dernière base : « La propriété, c'est le vol; partageons. » Alors seulement se sont réveillés les indifférents ; ce dernier coup leur allait au cœur.

Telle est la marche révolutionnaire du désordre : le protestantisme, le rationalisme, la démagogie et le socialisme en sont les quatre étapes.

Ils n*en conviendront pas ; ils savent trop bien dissimuler : Les révolutionnaires religieux disent : nous ne voulons pas renverser l'Église, nous voulons la réformer. Les révolutionnaires rationalistes disent : nous ne voulons pas détruire le christianisme, nous voulons le transformer. Les révolutionnaires* politiques disent : nous ne voulons pas détruire les gouvernements, nous voulons les réformer. Les révolutionnaires socialistes disent à leur tour : nous ne voulons pas détruire la propriété, nous voulons la transformer.

« grands transformateurs, quand donc aurez-vous le courage de vos mensonges et la sincérité de vos ambitions? Au fond de toutes ces protestations..., voulez-vous savoir ce qu'il y a de vrai ? Le protestantisme veut la destruction de la Papauté ; le rationalisme veut la des truction du christianisme ; la démagogie veut la destruction du gouvernement, et le socialisme, quoi qu'on en dise, j'entends le vrai socialisme, veut la destruction de la propriété. Qui dira le contraire mentira, et voilera un mensonge sous

une hypocrisie. » (R. P. Félix, Conf. de Notre- Dame, 1859.)

Les ennemis de l'Église sont en définitive les ennemis de l'humanité, comme le disait un autre célèbre orateur.

« L'Église n'est pas seulement persécutée, mais l'humanité l'est aussi. L'humanité, comme l'Église, est tour à tour persécutée et délivrée, et par la même raison. L'Église est persécutée, parce qu'elle possède des droits et qu'elle impose des devoirs ; l'humanité l'est, parce qu'elle a aussi dans son domaine des devoirs et des droits. La justice nous pèse , n'importe sm' quelle tète elle réside , et nous cherchons à lui échapper, non-seulement au détriment de Dieu, mais au détriment de l'homme , nous nions les droits de l'homme comme nous nions les droits de Dieu; et c'est une grande erreur de croire qu'il n'y ait ici-bas qu'un combat, et que , l'Eglise ayant sacrifié ses intérêts éternels, il ne resterait pas d'autres intérêts à défendre. Non, détrompons-nous : les droits de Dieu et les droits de l'humanité sont conjoints; les devoirs envers Dieu et les devoirs envers l'humanité ont été confondus dans la loi de l'Évangile aussi bien que dans la loi du Sinaï ; tout ce qui se fait pour ou contre Dieu se fait pour ou contre l'homme.

Comme Dieu est persécuté, nous le sommes aussi ; comme Dieu est délivré, nous le sommes pareillement. L'histoire du monde, aussi bien que l'histoire de TÉglise, a ses persécuteurs et ses libérateurs... ))(R. P. Lacordaire , Éloge d'OXonnell et Conf. de Notre-Dame, t. IV.)

Les persécuteurs sent les anarchistes ; les libérateurs seront les Papes avec les catholiques.

TH. UNION NÊCESSAniE DES CATHOLTOUES.

En présence de tels faits, quel est le devoir de tous les catholiques, de tous les amis de l'ordre, de tous les bons esprits et surtout de ceux qui gouvernent les nations? C'est de s'unir entre eux contre l'ennemi commun, en défendant, avec une invincible énergie , la propriété , les autorités légitimes, le christianisme et le Saint- Siège, boulevard de l'ordre et de la civilisation. Que les gouvernements catholiques se gardent bien de céder en rien aux rancunes et aux préjugés des états protestants. Car, en encourageant l'impiété démagogique, ils déchaîneraient les passions contre eux-mêmes ; avant que des conspirateurs sacrilèges n'aient abattu la tiare , toutes les couronnes auraient chancelé sur la tête des i^ois, et leurs troues ébranlés ne tarde-

raient pas à crouler dans les flots de la tempête populaire. La tiare se relèverait, parce que la main de Jésus- Christ ne laissera jamais à terre l'autorité qu'il a lui-même fondée et qui doit briller aux yeux des peuples jusqu'à la fin du monde, mais ce ne serait pas sans un grand dommage pour la religion, pour les princes et pour leurs sujets. Des flots de sang expieraient la faute des rois et le délire furieux des révolutionnaires *.

* Combien ne serait-il pas à souhaiter, non-seulement que l'union fût parfaite entre les princes catholiques, mais que tous ceux qui se sont follement séparés du centre divin, y revinssent au plus tôt pour la paix et le bonheur des peuples !

« Quiconque sait un peu de philosophie et d'histoire, dit un éminent publiciste, a appris qu'il n'est pas de question politique qui ne soit dominée par une question religieuse.

c( Ainsi la question politique de l'Europe contemporaine est une question d'unité générale ; si les États ne forment pas entre eux comme un seul Etat, ils périront tour à tour par la force dominante de la Révolution moderne, laquelle, en môme temps qu'elle est dissolvante par son principe, se développe sous une lo de solidarité universelle, et par conséquent centuple sa puissance conlre des pouvoirs qui n'auraient rien de commun, pas même Tinstinct de la défense.

«L'unité politique est donc l'intérêt capital de l'Europe, car c'est la condition de sa vie. Or, l'unité politique

L'expérience du passé ne suffit-elle pas? Oui voudrait mettre encore à l'épreuve la parole de Jésus-Christ : « Celui qui se heurtera contre cette pierre s'y brisera , et celui sur lequel elle tombera sera mis en pièces?» (Matth. xxi, 44.)

Heureusement pour l'Europe, les princes catholiques le comprennent aujourd'hui comme nous, et s'eff'orcent au contraire d'entourer le Saint-Siège de leurs respects. Les voix ennemies ne seront donc pas écoutées.

a L'Eglise, dit un écrivain déjà cité, est une enclume qui use et fait sauter en éclats les marteaux qui la frappent, et combien n'a-t-elle pas usé de ces marteaux depuis dix-huit siècles?

se subordonne de toute nécessité à l'unité religieuse ; là où les États se séparent par la croyance, il est infaillible qu'ils se séparent aussi par l'intérêt ; et la Révolution elle-même, qui vit d'athéisme, sent bien que, si l'Europe était catholique, elle aurait par là même une force invincible de résistance contre les partis ravageurs, qui la menacent de destructions toujours nouvelles.

« C'est pour cela que toute œuvre théologique qui tend à l'unité religieuse de l'Europe est une œuvre profondément politique, et, à part l'intérêt que nous prenons à des questions d'Église, nous avons, même au point de vue le plus terrestre, une puissante raison de suivre les controverses qui ont pour objet de faire tomber les malentendus entre les nations chrétiennes, les plus dignes de vivre dans la même foi et d'embrasser les mêmes autels. » (M. Laurentie.)

Combien n'en use-t-elle pas encore aujourd'hui, et combien n'en usera-t-elle pas toujours jusqu'à la fin des temps, sans que sa stabilité en soit le moins du monde ébranlée ! . , .

« Tôt ou tard , Dieu finit par faire droit aux prières de son Epouse, que lui-même inspire ; il venge même dans ce monde, par des punitions terribles, toute atteinte que les pouvoirs de la terre oseraient porter à sa juridiction et à sa liberté. » [Sermon prêché aux Tuileries^ 1858.)

Malheur donc aux rois qui, dans la suite des siècles, trahiraient sa cause et leur mandat ; car c'est leur propre cause ! Malheur aux nations qui prêteraient leurs bras à l'abaissement du Vicaire de Jésus-Christ! Car les parricides sont maudits, et les plus puissantes armées, comme les plus puissants rois, ne sont que des jouets devant la colère de Dieu.

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